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13/08/2007

I could stay

 

podcast
 
I could stay - Zebraville 

 

 

- J'vais mourir.

- Mais enfin pourquoi dis-tu ça ?

- Parce qu'un jour j'vais mourir.

- Ah... un jour ! C'est pas pour maintenant, nous avons encore le temps.

- Qui sait, demain je peux sauter par dessus un caillou et me transformer en liane et zou, plus rien !

- Et ça t'angoisse ?

- De n'être plus ?

- Oui.

- Non, l'éphémère a son charme. Comme les étoiles filantes ! Libérés du Temps... Plus de passé, plus d'avenir, plus de présent, mais tout. Si j'étais éternel, apprécierai-je autant ma vie ? 

- Je ne sais pas.

- En réalité, on ne peut pas savoir comment notre vision de l'Univers évoluerait si nous étions voués à vivre et ne jamais nous éteindre. D'autres questions existentielles se poseraient.

- Pour un éléphant, tu te poses bien trop de questions ! Contente-toi d'éviter qu'on ne t'enferme dans un zoo, ou qu'on essaye d'attraper tes ivoires,  ou pire, que tu finisses empaillé dans un salon au dessus d'une cheminée ! 

- En même temps si tel doit être mon destin...

- Que tu es fataliste !

- Non, je ne suis pas fataliste, mais profiteur !

- Profiteur ???

- Oui, tous les matins, pendant que tu ronfles encore, j'ouvre les yeux aux aurores pour pouvoir apprécier le calme de la savane, quand tous les animaux nocturnes se sont endormis et que les diurnes ne sont pas encore éveillés. Je vois le soleil se lever, et j'apprécie les courtes heures de fraîcheur avant qu'il ne commence à taper trop fort. J'hume l'odeur mêlée des graminés, des lions que je surveille, des rhinoceros, des zèbres, des oiseaux... de nous aussi ! J'écoute les bruits sourds des hommes au loin dans leurs vroum-vroums. Depuis quelques jours j'en vois quelques uns au loin, accoutrés bizarrement avec des tiges en acier, des boites noires qu'ils posent sur ces tiges, des ronds qu'ils dirigent sur toi quand tu dors. Au début, je pensais que c'était des feux d'artifice. Mais finalement, il ne s'est rien passé. Depuis, ils nous suivent, quand nous bougeons, en essayant de se cacher derrière des petits buissons...

- Ah oui, je les ai vus. Ils s'approchent de plus en plus. Que nous veulent-ils ?

- Je l'ignore. Mais je ne sens pas de danger. Ce n'est pas encore notre heure. 

- Arrête de parler de notre fin ! Toi, peut être que ça ne t'angoisse pas, mais moi si j'étais une poule, j'en aurais sa chair ! 

- Je suis heureux de tout ce que j'ai déjà pu vivre. J'ai encore des projets pour mon avenir... Trouver ma femelle, voir grandir des petits éléphanteaux, parcourir les savanes inconnues... J'ai de la chance déjà d'exister, et d'avoir vécu jusqu'à présent. C'est un beau cadeau, j'aurais pu rester une particule. La fin, n'est pas une fatalité, quand on vit chaque instant comme si c'était le dernier...

- Si tu le dis.  Mais, ne meurs pas tout de suite, j'ai encore envie de barir avec toi quelques années.

- Moi aussi, ne t'inquiète pas. Mais la mort n'est pas une séparation. C'est la sensation de manque, de vide qui est la plus insupportable. C'est pour ça qu'il nous reste nos souvenirs.... Ca peut accentuer la douleur, mais ça l'adoucit aussi. Il y a toujours deux manières de voir le monde... Ce qui n'est ou ne sera plus ou ce qui a été. Je préfère regarder ce qui a été et être heureux déjà de ce vécu, m'enthousiasmer pour ce qui sera peut être, plutôt que d'anticiper ou pleurer sur ce qui ne sera peut être plus ou  ne sera jamais... 

 

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