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29/02/2008

Comptine d'une convalescente

1 kilomètre à pied, ça use, ça use… 1 kilomètre à pied, ça use les souliers… 2 kilomètres à pieds, ça use, ça use, 2 kilomètres à pied, ça use les souliers… Qu’est ce qu’elle a donc fait, la p’tite hirondelle, elle nous a volé, trois p’tits sacs de blés… Nous la rattrap'rons, la p'tite hirondelle, et nous lui donnerons, trois p'tits coups d'bâton….

Ces airs dans sa tête… elle entendait des voix lointaines lui entoner en boucle toutes ces comptines. Elle ne voulait pas réfléchir…

Trois p’tits chats, trois p’tits chats, trois p’tits chats, chats chats…. 1 kilomètre à pied, ça use, ça use… 1 kilomètre à pied, ça use les souliers… Passe, passe, passera….

Encore… encore des chansonnettes, les brouhahas d’enfants, des cris de fillettes se chamaillant, des encouragements pour celui qui doit dégager le ballon, les sons des billes qui se touchent, des secrets chuchotés au creux d’oreilles ou le bruissement de pages tournées d’un timide garçonnet dans le coin de la cour de récré qui s’identifie aux Pirates les plus célèbres ou autres grands aventuriers… Encore…

Passe, passe, passera, la dernière, la dernière…. Dansons la capucine… y’a pas de pain chez nous, y’en a chez la voisine, mais ce n’est pas pour nous…

Le bruit des craies sur le grand tableau vert. Elle aimait le nettoyer avec l’éponge toute humide, Elle aimait la couleur sombre, mais brillante qu’il prenait soudain. Mais elle avait horreur du crissement de la craie parfois sur l’ardoise. Rien que d’y songer, elle sentit un frisson la traverser. Ne plus penser, mais se transporter dans le passé ou dans des univers lointains.

Sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse.. Sur le pont d’Avignon, on y danse tout en rond...

2001, l’Odyssée de l’Espace. Redevenir un embryon. Vieillir pour rajeunir. Un cheminement vers la re-composition au lieu de la dégénérescence. Intéressant concept. Pourquoi pas ?, se disait-elle.

Le facteur n’est pas passé, il ne passera jamais, lundi, mardi, mercredi, jeudi….


Je pense donc je suis. Descartes n’avait jamais du ressentir la violence des sentiments lorsqu’il avait énoncé cette maxime. Je ressens donc je suis, lui paraissait plus juste à cet instant précis. Elle aimait aussi dire souvent qu’elle imaginait donc elle était. Romanesque, elle se prenait pour la jolie Roxane d’Edmond Rostand. Courageuse, elle était Lady Oscar ou Jane Eyre. Halte là, vous, Soucis ! Eloignez-vous, Tristes Sires ! Je vous défie de dépasser cette frontière invisible qui nous sépare, vous, les Maléfiques vagues-à-l’âme, et nous, les Merveilleuses Divagations. Avec panache, je vous mettrais à terre. Ah, je vous vois, vous tremblez. Vous craignez la puissance de ma plume...

Bonjour ma cousine, bonjour mon cousin germain.. on m’a dit que vous m’aimez, est-ce bien la vérité ? ….

“Moi, si j’étais un homme….”
, Diane Tell avait raison, peut-être aurait-elle du être un homme. Un jour seulement pour essayer. Ne serait-ce que pour pouvoir uriner différement, et ressentir la jouissance masculine. L’orgasme viril. Le plaisir de la pénétration. Si, elle avait été un homme, elle aurait été un gentleman charmeur, mais avec des principes. Elle en était certaine. Elle aimait Bel-Ami car il était mâlin, fin, opportuniste intelligent, ayant compris la faiblesse des femmes. Elle maudissait l’aveuglement égotique d’Armand Duval avant qu’il ne réalise l’amour de Marguerite, comprenait le héros de Radiguet dans sa passion pour Marthe, avait de la compassion pour Valmont qui eut la chance de noyer son cynisme contraint de reconnaître la force de l’Amour, adorait Aramis pour sa sensibilité et d’Artagnan pour son panache, s’insurgeait tristement de la grandeur d’âme de Cyrano, admirait certains côtés de Solal…. Et tant d’autres encore. En revanche, elle n’avait jamais voulu être capitaine.

Il court, il court le furet… Le furet du bois, Mesdames… Un éléphant qui se balançait sur une toile toile toile, toile d'araignée….

-    Que regardes-tu ?
-    Le plafond.
-    Je vois bien que tu as les yeux vers le haut, mais pourquoi ?
-    Parce que ça me détend. J’aime regarder un fond uni blanc. Ca me repose les yeux et l’esprit. Et  je me mets à divaguer, je vois des animaux, des gens, des formes, des paysages…. C’est comme si un invisible projecteur de cinéma à l’ancienne me passait pleins d’images animées. Parfois je peux même entendre le bruit du petit moteur qui tourne, et souvent l’image que je crois voir sur ce plafond est décrépie, à l’ancienne. Penses-tu que je sois une Illusion ? En fait, je crois que je dors, et qu’un jour je vais m’éveiller. Toi, tu n’existes d’ailleurs pas. Tu n’es qu’une création de mon Imagination.
-    Ca doit être ça oui…
-    En réalité, tu viens de l’an 10 593 pour changer l’avenir car dans quelques jours il va y avoir un énorme cataclysme. La planète va se remettre à rêver et ça va entraîner une perturbation de l’ordre politique mondial, et modifier tout l’éco-système, car la création générée par tous ces rêves est une source énérgétique incroyable. Et toi, tu viens pour juguler tous ces Songes. Avoue-le !
-    Luka ?
-    Oui..
-    Je crois que tu es en train de complètement partir en live, si je puis me permettre…
-    Je ne vois pas pourquoi tu dis ça…


Vive le vent, Vive le vent, Vive le vent d'hiver, Qui s'en va sifflant soufflant, Dans les grands sapins verts…. Oh !


Elle était assise sur leur banc sur le champ de Mars, et elle se sentait vivante. Autour d’elle, le monde s’agitait, les voitures klaxonnaient. Elle aimait ce décalage entre son inertie de convalescente, et l’activité quotidienne de cette ville en ébullition. Et elle était à cette croisée des chemins, où la souffrance récente se mêle à l’excitation des nouveaux grands départs, conquête des Terres Inconnues. Ne pas réfléchir, oublier, ne pas céder à la facilité pour se concentrer sur une seule question : et maintenant ?

Epuisée par la maladie qui l’avait tenue alitée si longtemps, elle refusait aujourd’hui de se laisser envahir par les souvenirs de piqûres toutes les heures, de cachets si nombreux, qu’elle ne pouvait plus en avaler aucun. Elle ne ressombrerait pas, son corps avait été victorieux, et elle avait le droit de vivre, différement peut-être, mais vivre sans chaise roulante, sans infirmière pour la surveiller, sans tout ça. Elle marchait à l’aide d’une canne à présent. Les médecins étaient formels, dans un mois, elle n’en aurait plus besoin. Ses nuits d’angoisses, ses crises de larmes, ses désarrois, ses envies de mettre fin à ses jours fréquentes, ses souffrances intérieures exténuantes, ses peurs du monde, tout ça devait être à jamais réduit à néant. Elle essaierait. A présent, elle contemplait la foule, posée sur ce qui fut jadis leur banc le temps de quelques heures, seule. Prête à résister à ses vieux Démons, elle savait qu’elle rechuterait ci-et-là dans des moments d’intenses solitudes et d’incompréhension du monde… Mais plus jamais ces abysses inquiétants, plus jamais cette fascination du vide, plus jamais des mois d’hopital comme ceux qu’elle venait de vivre.

Passe passera la dernière y restera…


Commentaires

un bonheur renouvelé que de te lire encore & encore.

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Écrit par : Tonio @ Bangalore | 29/02/2008

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