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04/03/2008

La vie en rose

6h43, elle était réveillée et s’interrogeait dans son immense lit aux draps rouges de ce qu’elle pouvait faire à cette heure alors qu’elle ne travailllait que dans quelques heures. Sa vie lui parassait être un Songe, tout était irréel. Elle s’était shootée au somnifère la veille pour oublier sa “misérable” existence. Riche héritière, un père à la retraite remarié aux Bahamas papillonnant de maîtresses en maîtresses, une mère qui passait la plupart de son temps dans les cliniques de chirurgies esthétiques et dans les dîners mondains show-off, un frère dandy déjanté pseudo-intello qui sniffait des rails de coke sur des capots de bagnole avec ses potes, et elle…

Elle, la désoeuvrée, enfant pourrie gâtée matériellement, mais seule, isolée, dans son appartement 5 pièces au 6ème étage d’un hotel particulier familial dans le 8ème arrondissement de Paris offert par ses parents pour ses 25 ans afin qu’elle prenne son indépendance. Comme les jeunes filles de son “rang”, elle avait eu le choix entre un destin classique, faire des études correctes d’attachée de presse, de droit, ou de Lettres, rencontrer un homme “de son rang”, faire un beau et somptueux mariage, et passer la fin de sa vie dans l’oisiveté des week-ends à St Tropez, New-York, Milan, Verbier dans les propriétés de ses copines, à organiser des soirées grâce à son carnet d’adresse et son charme, pour finir par surprendre un jour son mari dans les bras d’une jeune mannequin en vogue qu’elle aurait conviée pour une Party, et se résoudre à prendre elle aussi un plus vieil amant, mais plus friqué. Ou, étant donné que sa mère avait travaillé dans les milieux de la Haute Couture, elle pouvait aussi suivre la voie moins classique et plus “showbizz”,  à la Paris Hilton, en noyant son désespoir dans des frasques auto-destructrices.

“Sale gosse de riches”, regarde-toi, tu n’es qu’une égocentrique trop malheureuse qui même en restant dans ce lit jusqu’à la fin de tes jours tu ne manqueras pas d’argent pour vivre dans un comfort scandaleux comparé à la moyenne des “Français”. Mais tu es heureuse d’avoir cette chance, la vie est ainsi faite, et quelqu’un d’autre à ta place en profiterait aussi. La vie douce convient à tous les êtres quoi qu’on puisse dire. Les envieux ne cracheraient pas dessus quoi qu’ils puissent inventer pour soulager le fait, qu’eux, n’ont pas cette aisance matérielle. Injuste la vie, elle l’admet. Mais pourquoi culpabiliser là-dessus.

Pourtant tu as voulu te batttre un minimum, tu as passé tes concours sans piston, et tu les as réussis. Tes années étudiantes loin de ton cocon doré étaient sans doute parmi les plus heureuses. D’autres personnes, d’autres horizons, tu étais une fillle comme les autres en basket, sac-à-dos, restau u… dans un studio plus grand que la moyenne certes, mais comme les autres.

Mais là, tu es lasse. Est-il possible de disparaître ? Est-il possible de n’être plus qu’un grain de poussière ?  Tu es jolie, intelligente, la vie est facile, tu as des amis, un avenir radieux, une carrière professionnelle que finalement tu ne dois à personne qu’à toi seule, de l’argent… La maladie d’une génération désabusée, le mal-être. Toi je te hais, toi qui me ronge à chaque seconde en traitre chaque infime partie de mon corps. Sous ma peau si douce, il y a une moisissure qui grandit et s’installe dans les moindres recoins.

Quelle légitimité as-tu à la souffrance ? Aucune. Tu devrais être heureuse ! Ecoute ma voix, c’est un ordre, “tu es enjouée !”, répète après moi. Oublie ceux qui te prétendent que l’argent ne fait pas le bonheur. “Voyez le résultat, famille destructurée.“, s’indignent toutes ces personnes bien-pensantes qui ne cessent de juger en permanence. Peut-être. Pourtant l’argent peut rendre très heureux, et les familles de névrosés existent n’importe où, quel que soit le milieu social. La nature humaine n’a pas de frontières matérielles et le désespoir aussi.

7h10. Soudain dans un grand éclat de rire nerveux en regardant sa vaste chambre de 22 mètres carré. C’était une pièce haut de plafond type hausmannien avec les moulures, un lustre d’époque – héritage de sa grand-mère -, une grande cheminée au-dessus de laquelle prônait un immense miroir où elle pouvait y voir son reflet, une fenêtre s’ouvrant sur un balcon qui courrait tout autour de son 130m2 et donnait sur une cour lumineuse. Ses rideaux étaient ouverts, elle regardait le jour qui pointait timidement en cette saison hivernale. Si elle pouvait se transformer en nuage ou en feuille d’un arbre, ou …

“I see trees of green, red roses too, I see them bloom for me and you….  And I think to myself, what a wonderful world…”, la puissante voix de Louis Armstrong retentit à travers toutes les enceintes placées au plafond.  Il était temps de se lever, se doucher, se vêtir avec ses fringues de couturiers – naturellement - , avaler un thé et le jus de fruit frais préparé par la gouvernante de ses parents qui avait du déjà arriver car lundi était le jour du ménage, prendre son austin mini bmw, se rendre au travail, et affronter la journée ainsi que la semaine, en souriant de sa vie de conte de fée sans se plaindre, car ça aurait été déplacé. Elle était une jeune et belle femme active, et elle le resterait…

“I see skies of blue and clouds of white, the bright blessed day, the dark sacred night, and I think to myself, what a wonderful world…”

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