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17/04/2008

Aparté surréaliste

- Tous ces mensonges me rongent, que faire  ?

- Prendre trois grammes de coquelicots imbibés de sucre glace.

- C'est la solution à tous tes problèmes, cette formule !

- En ce qui me concerne, elle fonctionne !  Quand je m'égare dans les plaines douteuses des trompes-l'oeil, crois-moi, tous ces faux-semblants fuient de terreur. Rien de tel qu'un bon coquelicot !


Il regarda sa loupe-montre à son poignet. Il était déjà cinq poussières et deux grains de sables. Il tournait en rond, comment faire ? Ces microbes avaient élu domicile chez lui déjà depuis plus d'un tour de planète. Ces virus étaient coriaces. Il avait tenté de les noyer, puis de leur rendre leurs libertés, mais rien à faire, ils se sentaient biens dans son ventre, il avaient même bâti une petite maisonnette. Où sont les extinct-expluseurs de ces parasites extérieurs ? Sa petite Insouscience n’avait jamais été envahie, comment pouvait-elle se douter de cette moisissure qui s’étendait chaque jour davantages…

- J’aime ta fraîcheur, et ton engouement. Tout est toujours possible pour toi, aucun obstacle, la vie n’est qu’une succession d’arcs-en-ciel permanents… Sais-tu qui est Culpabilité, Insouscience ?

- Non je ne l’ai jamais rencontrée, et toi Conscience ?
 
- Oui parfois, elle vient me rendre visite de temps à autres depuis quelques lunes, parce qu’elle affectionne mes locataires…
 
- Est-elle jolie ?
 
- Elle est plutôt sévère.
 
- Sais-tu pourquoi ces mensonges se complaisent autant  ? Ca doit être agréable de vivre en toi pour qu’ils se soient installés aussi longtemps. Ton climat est tropical ? As-tu une belle plage cachée dans ton antre ?
 
- Oui je le sais, c’est parce que  la guerre n’est pas finie !
 
- Une bataillle ? Mais où donc ?
 
- Mais entre Morale, Egoisme, Principe, Amour, Amitié. 
 
- Qui sont donc tous ces gens ?
 
- J’oubliais que toi tu ne les connaissais pas… Morale déteste les mensonges, et veut les éradiquer. Egoisme est son alliée, douteuse, certes, car elle défend ses propres intérêts qui dans ce cas précis est de vouloir libérer les mensonges. Leurs motivations sont différentes mais le résultat identique.

- Principe, Amour et Amitié sont donc les opposants ?
 
- C’est plus complexe. Principe est ambigüe, il passe son temps à hiérarchiser les priorités, et il défend tantôt Morale, tantôt Amitié. C’est une girouette. Amour n’a qu’une seule raison d’être, c’est que ses protégés s’épanouissent et sois heureux. Dans la situation actuelle, elle protège les mensonges pour éviter le chaos que cela pourrait entraîner… Amitié, inséparable d’Amour, défend ses causes à l’unisson !
 
- Ces joutes t’exténuent mon pauvre Conscience !

Il regarda à nouveau sa loupe-montre à son poignet. Attente. Puis les étoiles chassent les nuages. Rêve, pendant quelques poussières emmène ses locataires chez Songe….

07/04/2008

L'écrivain

Un mois... Un peu plus d'un mois. L'écriture est un exercice si douloureux, fastidieux. Elle souffrait, et commençait à paniquer. Et si elle ne réussissait pas.

Elle était devant son ordinateur, la page blanche. Elle devait remettre à son éditeur ce manuscrit le lendemain. Elle avait eu un mois supplémentaire pour achever cette deuxième version, il lui avait demandé de retravailler la chute. “Tu te caches derrière les mots, une fin trop attendue, lance-toi”… Ce chapitre, combien de versions en avaient-elle déjà écrites. Un air de déjà vu, à chaque fois.

Elle avait gagné son statut d’écrivain par le plus grand des hasards en envoyant sans conviction quelques nouvelles regroupées dans un recueil et un roman qu’elle estimait jeune, mal ficelé. C’était une manière de se dire qu’elle était allée jusqu’au bout du processus. Mais il l’avait rappelée, il avait aimé, et elle avait publié ce recueil en le retravaillant ci et là… Le public avait apprécié, elle était la “jeune écrivain talentueuse” du moment. Pression. Serait-elle à la hauteur de ce public qui l’avait consacrée et avait changé son destin ? Invitée à toutes ces émissions, elle avait été emportée par les évènements sans vraiment réaliser ce qui lui arrivait. Ce deuxième roman était un enjeu important. Il déterminerait si ça avait été un “coup de bol” ou si elle était digne du succès qu’elle avait eu bien malgré elle.

Elle était incapable d’aligner trois mots les uns derrière les autres. 

“Les années passèrent, et ils se retrouvèrent dix ans après leur première rencontre sur cette plage d’Acapulco où ils s’étaient échangés un premier baiser…”
Magnifique, on se croirait dans un Soap Opera.

“Le jour de leurs retrouvailles, il arriva une heure en avance à la Gare Montparnasse. Elle lui avait donné rendez-vous au bout du quai du train partant pour Bordeaux. Dix années étaient passées, à quoi ressemblait-elle ? Et lui, il avait pris de l’embonpoint, mais il était encore bel homme. Nerveux, il s’alluma une énième cigarette. Elle n’aimerait pas. Il lui avait promis qu’un jour il arrêterait. Dix ans après, il fumait encore. Il vit soudain une silhouette passer rapidement devant lui. C’était elle. Aucun doute possible. Ses cheveux bruns étaient relevés en chignon, elle portait une robe légère qui laisser deviner ses formes qu’il avait tant chéries… La démarche. C’était elle, en avance aussi. Que faire ? Aller à sa rencontre ou attendre ?  Non, l’observer un peu avant.

Son visage était toujours celui d’une jeune fille, mais on sentait dans son regard une maturité, de la gravité. Les années, les difficultés qu’elle lui avait évoquées rapidement par e-mail. Ce mail… Il n’avait pas ouvert son courriel immédiatement, lorsqu’il avait vu son prénom apparaître. Il était allé se chercher un café, s’était isolé dans une salle de réunion, avait pris sa respiration et avait cliqué sur l’email. Elle était revenue. Le message était court. Elle lui en dirait plus quand elle le verrait, et lui avait donné rendez-vous. Il aurait pu refuser, effacer à jamais celle qui l’avait laissée un jour sans rien dire. Mais non, Il lui avait répondu très succintement, “ok, je serai là””. Et là, tout revenait. Tout l’amour qu’il avait éprouvé pour cette femme, tout. Il l’aimait encore comme un fou, et sa simple présence à quelques mètres de lui réveillait ses désirs… “
Trop mélo !

Elle se leva, fit quelques étirements. Depuis huit heures du matin, attablée devant son écran. Il faisait nuit à présent, elle était dans le noir. Et cette page qu’elle ne cessait de remplir pour tout effacer immédiatement. Que connaissait-elle à l’amour, elle ? Elle imaginait des histoires à partir de souvenirs de ce qu’on lui racontait, de films, de livres, et de son imagination…

Mais il lui avait dit de sortir d’elle-même. Comment faire quand on a rien vécu ? Elle avait grandi dans une famille sans histoire, avait connu quelques flirts, des histoires plus ou moins longues, mais rien de ces grandes passions dont rêvent toutes les jeunes filles en fleur… Elle n’y arriverait pas, et elle serait démasquée. Une imposteur, elle avait trompé son public qui avait crû en elle.

Elle se souvint de ce que sa grand mère lui avait laissé au crépuscule de sa vie. Des carnets, ses journaux. Elle ne les avait jamais ouverts par crainte de l’Inconnu. C’était des carnets de moleskine, noirs, où son aïeul avait uniquement collé des numéros sur la couverture pour en signaler la chronologie.  Elle prit le dernier, ouvrit une page au milieu…

“Quand on traverse le chaos, on espère toujours que quelqu’un vous apportera la lumière. Il a été là, présent, à chaque instant, chaque seconde, pour m’épauler, m’aider dans cette période si difficile.

Car lui n’est plus. Cette séparation si douloureuse que la vie m’a imposée malgré moi, j’aurais voulu mourir avec lui. Je croyais en lui, je l’ai aimé profondément.

Cette nuit-là, quelques jours après sa disparition, j’ai erré. J’étais perdue, prête à mettre fin à mes jours, je me suis balladée sans but, sans destination, dans ces rues que je connais si bien. Tu penses, je n’ai jamais quitté ma petite ville. J’ai marché, en espérant qu’une voiture me renverse, que des gens m’agressent, que quelqu’un mette fin à ce désespoir qui m’envahissait. Cette abominable douleur. C’était tard dans la nuit. A quoi bon vivre s’il n’est plus ? L’Amour… A quoi bon se battre pour rester en vie, pour qui, pour quoi ? Je ne souhaite à personne de ressentir ce découragement ultime, cette envie de se laisser mourir. J’ai simplement voulu que tout s’arrête. Je ne me sentais pas capable d’affronter le vide, les responsabilités, les gens, ma vie. Retrouver du sens à mon existence… Je ne croyais plus en rien, et sans lien apparent pourtant, je ne croyais plus en l’Humanité. Et il m'a suivi, il a veillé sur moi sans que je ne le soupçonne, et il m'a rattrapée avant que...Des nuits d’angoisse, des sommeils troublés, des pensées morbides, des pleurs… Tel a été mon lot depuis que la vie me l’a enlevé. Se sont mêlés les souvenirs… Ah les souvenirs !

Ma petite-fille… Toi à qui je destine ces carnets, si un jour tu lis ces lignes. Les souvenirs sont la plus belle et la pire des choses pour nous autres, êtres humains. Il est bon parfois d’oublier, d’être amnésique. Car les joies du passé se transforment en manque et la douceur des moments à deux sont vécus comme la plus intense des douleurs quand nous ne les avons plus. Pour autant, aime ma petite, aime encore et toujours, car finalement, qui n’a jamais aimé – et donc souffert – ne connaitra jamais de bonheur équivalent à celui qu’on partage avec son Amour.

Il a été là. Qui il ? Lui. Lui si cher à mon coeur. Tu ne l’as pas connu, car il est discret, et c’était mon jardin secret. Je ne t’en ai jamais parlé. Ton grand-père était au courant, ne t’inquiète pas, mais respectait cette relation. Il n’aurait rien pu faire contre de toutes manières.

Lui, c'est mon complice, un ami d’enfance, quelqu’un avec qui j’ai grandi, et qui a toujours été là pour panser mes blessures, et faire des gamineries. Mon âme d’enfant a été preservée grâce à lui, et mes rêves les plus farfelus, il les a comblés. Je te souhaite, ma fille, d’avoir quelqu’un comme lui à tes côtés, même si c’est rare, ce sont des personnalités à part. Il a toujours été “à part”. Dans son monde, dans sa bulle, ne vivant, ni ne pensant pas comme tout le monde, pas parfait, non loin de là, mais j’ai finalement respecté cette manière d’agir et pourtant, si tu savais… Ca non, il n'est pas parfait !  Je l'aime à l'infini lui aussi.

Je n’aurais sans doute jamais surmonté le décès de ton grand-père, s’il n’avait pas été là. Probablement que je me serais laissée mourir. Car je ne songeais qu’à ça. A force de patience, de tendresse, d’amour, il m’a épaulée à chaque seconde. Et aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, il est encore là, et je remercie le Ciel de m’avoir apporté un tel cadeau. Certaines personnes donnent du sens à votre vie, celles-là il ne faut pas les éloigner… quels que soient leurs choix de vie, et même si ça peut te paraître étrange. Probablement qu’au moment où tu liras ces lignes, je ne serai et lui ne sera plus de ce monde… mais il était important que je lui rende hommage, car sans lui, tu n’aurais peut-être pas eu ta grand-mère si longtemps encore à tes côtés. Il a toujours été là, et sera là encore jusqu’au bout, je le sais.

Aujourd’hui ça fait un peu plus d’un mois que ton grand-père n’est plus parmi les vivants, et je souffre son absence, pas un seul jour ne se passe sans que je ne pense à lui. J’ai envie de le sentir près de moi physiquement, je repense à son regard, ses gestes tendres, sa présence. Mais la mort est la seule chose irrémédiable, il va bien falloir que je continue de vivre avec, que j’avance sans lui, que je me re-crée une vie, la mienne.

L’amour est, lorsqu’il est sincère, éternel, j’en suis convaincue. Ca n’empêche pourtant pas qu’on peut aimer différentes personnes, de manières différentes… L’être humain a cette capacité d’aimer perpétuellement, je crois. Parfois il l’oublie, ou il le refuse, mais on ne lutte pas contre la nature. J’ai aimé ton grand-père, de manière sincère, profonde, il restera là en moi jusqu’à ma mort. Et pourtant, ma fille j’ai aimé aussi beaucoup d’autres hommes avant lui, tous différement, et leurs “passages” dans ma vie restent indélébiles. Ils font tous partie de moi. Tous.

Si un jour tu souffres, ma chérie, d’une déception sentimentale, souviens-toi.. Souviens-toi que tu aimeras encore, car c’est ainsi que la vie est faite. Tu n’oublieras jamais tes Amours, mais tu aimeras à nouveau. Voilà ces quelques lignes pour aujourd’hui, pour combler le manque et le vide provoqués par l’absence de ton grand-père. Là où il est, il pense certainement à moi, tout autant que je pense à lui, mais c’est la vie… “


Des larmes coulèrent sur sa joue… Comment avait-elle pu laisser ces carnets si longtemps prendre la poussière ? Sa grand-mère était une femme souriante, dynamique, qui avait quitté le monde pour les étoiles lorsqu’elle avait dix-sept ans. Elle aimait passer les après-midi chez elle, où elle lui racontait des anecdoctes sur ses parents, la choyait avec des gourmandises en tout genre, lui faisait découvrir des tas de choses. Pour ses seize ans, elle lui avait offert un magnifique stylo Mont Blanc.

Elle retourna devant son ordinateur et se mit à écrire, enfin.


21/03/2008

Première Gnossienne - Aldo Ciccolini

 

podcast

 

 

Une marche, puis une autre, puis encore une autre... Monter, redescendre, remonter encore, et redescendre encore plus bas, remonter...

Les flammes dansent et ensorcelent... Orange, Jaune, Marron, Bleu... Le bois crépite entonnant son dernier chant.

Une marche, puis une autre, puis encore une autre... Monter... Monter ?

Là-haut, il y a une immense toile peinte. Le ciel étoilé de Van Gogh. L'artiste admire son oeuvre. Est-il fou ? 

Une marche, puis une autre, puis encore une autre.... Redescendre...

En-bas, c'est le vide. Elle est assise sur le rebord d'un toit parisien, et elle admire l'infini sous ses pieds qui se balancent. Au-dessus les astres, et en-dessous, le néant qui attire. "Viens, lui dit-il, viens.... Imagine comme tu seras aérienne, légère... Une fraction de seconde tu seras comme les oiseaux, tu voleras. Libre...". A sa droite, les Invalides. A sa gauche, le pont Alexandre III. Seule sur son toit, elle profite du silence. A cette heure avancée, il y a peu de passants. Paris  est magnifique. 

Les flammes dansent et ensorcelent ... Orange, Jaune, Marron, Bleu.... est-elle en train de divaguer ? 

Toi... Qu'as-tu fait aujourd'hui ? Tu t'es levé(e) et tu t'es habillé(e) ? As-tu pris une douche, un bain ? Quelle a été la première pensée de ta journée ? Pourquoi avoir choisi ces vêtements ? Ou peut-être es-tu encore nu(e) ? Toi. Une petite particule de cet univers sans limite. Poussière... Es tu amoureux, amoureuse ? As-tu fais attention à toutes ces personnes qui t'ont entouré(e) dans le bus, le métro, le tramway, dans la rue, autour de ta voiture. Toutes ces entités anonymes qui te cotoient. Et ce garçonnet qui pleurait ou ce sans-domicile qui a passé la nuit dehors... Que cache le visage de cet homme sérieux ? As-tu pris un thé ou un café ? Du chocolat peut-être... Ou un verre de jus d'orange, non de pomme ? Toi, qui es-tu ? Toi et eux. Toi et elle(s). Toi et lui. Ton histoire, quelle est-elle ? Es tu heureux, heureuse, ou triste ? As-tu des enfants ?  Rêves-tu encore ? Toi...

Une marche, puis une autre, puis encore une autre... Où, à présent ? Soupirs. Vers les Tournesols du peintre peut-être....

04/03/2008

La vie en rose

6h43, elle était réveillée et s’interrogeait dans son immense lit aux draps rouges de ce qu’elle pouvait faire à cette heure alors qu’elle ne travailllait que dans quelques heures. Sa vie lui parassait être un Songe, tout était irréel. Elle s’était shootée au somnifère la veille pour oublier sa “misérable” existence. Riche héritière, un père à la retraite remarié aux Bahamas papillonnant de maîtresses en maîtresses, une mère qui passait la plupart de son temps dans les cliniques de chirurgies esthétiques et dans les dîners mondains show-off, un frère dandy déjanté pseudo-intello qui sniffait des rails de coke sur des capots de bagnole avec ses potes, et elle…

Elle, la désoeuvrée, enfant pourrie gâtée matériellement, mais seule, isolée, dans son appartement 5 pièces au 6ème étage d’un hotel particulier familial dans le 8ème arrondissement de Paris offert par ses parents pour ses 25 ans afin qu’elle prenne son indépendance. Comme les jeunes filles de son “rang”, elle avait eu le choix entre un destin classique, faire des études correctes d’attachée de presse, de droit, ou de Lettres, rencontrer un homme “de son rang”, faire un beau et somptueux mariage, et passer la fin de sa vie dans l’oisiveté des week-ends à St Tropez, New-York, Milan, Verbier dans les propriétés de ses copines, à organiser des soirées grâce à son carnet d’adresse et son charme, pour finir par surprendre un jour son mari dans les bras d’une jeune mannequin en vogue qu’elle aurait conviée pour une Party, et se résoudre à prendre elle aussi un plus vieil amant, mais plus friqué. Ou, étant donné que sa mère avait travaillé dans les milieux de la Haute Couture, elle pouvait aussi suivre la voie moins classique et plus “showbizz”,  à la Paris Hilton, en noyant son désespoir dans des frasques auto-destructrices.

“Sale gosse de riches”, regarde-toi, tu n’es qu’une égocentrique trop malheureuse qui même en restant dans ce lit jusqu’à la fin de tes jours tu ne manqueras pas d’argent pour vivre dans un comfort scandaleux comparé à la moyenne des “Français”. Mais tu es heureuse d’avoir cette chance, la vie est ainsi faite, et quelqu’un d’autre à ta place en profiterait aussi. La vie douce convient à tous les êtres quoi qu’on puisse dire. Les envieux ne cracheraient pas dessus quoi qu’ils puissent inventer pour soulager le fait, qu’eux, n’ont pas cette aisance matérielle. Injuste la vie, elle l’admet. Mais pourquoi culpabiliser là-dessus.

Pourtant tu as voulu te batttre un minimum, tu as passé tes concours sans piston, et tu les as réussis. Tes années étudiantes loin de ton cocon doré étaient sans doute parmi les plus heureuses. D’autres personnes, d’autres horizons, tu étais une fillle comme les autres en basket, sac-à-dos, restau u… dans un studio plus grand que la moyenne certes, mais comme les autres.

Mais là, tu es lasse. Est-il possible de disparaître ? Est-il possible de n’être plus qu’un grain de poussière ?  Tu es jolie, intelligente, la vie est facile, tu as des amis, un avenir radieux, une carrière professionnelle que finalement tu ne dois à personne qu’à toi seule, de l’argent… La maladie d’une génération désabusée, le mal-être. Toi je te hais, toi qui me ronge à chaque seconde en traitre chaque infime partie de mon corps. Sous ma peau si douce, il y a une moisissure qui grandit et s’installe dans les moindres recoins.

Quelle légitimité as-tu à la souffrance ? Aucune. Tu devrais être heureuse ! Ecoute ma voix, c’est un ordre, “tu es enjouée !”, répète après moi. Oublie ceux qui te prétendent que l’argent ne fait pas le bonheur. “Voyez le résultat, famille destructurée.“, s’indignent toutes ces personnes bien-pensantes qui ne cessent de juger en permanence. Peut-être. Pourtant l’argent peut rendre très heureux, et les familles de névrosés existent n’importe où, quel que soit le milieu social. La nature humaine n’a pas de frontières matérielles et le désespoir aussi.

7h10. Soudain dans un grand éclat de rire nerveux en regardant sa vaste chambre de 22 mètres carré. C’était une pièce haut de plafond type hausmannien avec les moulures, un lustre d’époque – héritage de sa grand-mère -, une grande cheminée au-dessus de laquelle prônait un immense miroir où elle pouvait y voir son reflet, une fenêtre s’ouvrant sur un balcon qui courrait tout autour de son 130m2 et donnait sur une cour lumineuse. Ses rideaux étaient ouverts, elle regardait le jour qui pointait timidement en cette saison hivernale. Si elle pouvait se transformer en nuage ou en feuille d’un arbre, ou …

“I see trees of green, red roses too, I see them bloom for me and you….  And I think to myself, what a wonderful world…”, la puissante voix de Louis Armstrong retentit à travers toutes les enceintes placées au plafond.  Il était temps de se lever, se doucher, se vêtir avec ses fringues de couturiers – naturellement - , avaler un thé et le jus de fruit frais préparé par la gouvernante de ses parents qui avait du déjà arriver car lundi était le jour du ménage, prendre son austin mini bmw, se rendre au travail, et affronter la journée ainsi que la semaine, en souriant de sa vie de conte de fée sans se plaindre, car ça aurait été déplacé. Elle était une jeune et belle femme active, et elle le resterait…

“I see skies of blue and clouds of white, the bright blessed day, the dark sacred night, and I think to myself, what a wonderful world…”