17.04.2008

Aparté surréaliste

- Tous ces mensonges me rongent, que faire  ?

- Prendre trois grammes de coquelicots imbibés de sucre glace.

- C'est la solution à tous tes problèmes, cette formule !

- En ce qui me concerne, elle fonctionne !  Quand je m'égare dans les plaines douteuses des trompes-l'oeil, crois-moi, tous ces faux-semblants fuient de terreur. Rien de tel qu'un bon coquelicot !


Il regarda sa loupe-montre à son poignet. Il était déjà cinq poussières et deux grains de sables. Il tournait en rond, comment faire ? Ces microbes avaient élu domicile chez lui déjà depuis plus d'un tour de planète. Ces virus étaient coriaces. Il avait tenté de les noyer, puis de leur rendre leurs libertés, mais rien à faire, ils se sentaient biens dans son ventre, il avaient même bâti une petite maisonnette. Où sont les extinct-expluseurs de ces parasites extérieurs ? Sa petite Insouscience n’avait jamais été envahie, comment pouvait-elle se douter de cette moisissure qui s’étendait chaque jour davantages…

- J’aime ta fraîcheur, et ton engouement. Tout est toujours possible pour toi, aucun obstacle, la vie n’est qu’une succession d’arcs-en-ciel permanents… Sais-tu qui est Culpabilité, Insouscience ?

- Non je ne l’ai jamais rencontrée, et toi Conscience ?
 
- Oui parfois, elle vient me rendre visite de temps à autres depuis quelques lunes, parce qu’elle affectionne mes locataires…
 
- Est-elle jolie ?
 
- Elle est plutôt sévère.
 
- Sais-tu pourquoi ces mensonges se complaisent autant  ? Ca doit être agréable de vivre en toi pour qu’ils se soient installés aussi longtemps. Ton climat est tropical ? As-tu une belle plage cachée dans ton antre ?
 
- Oui je le sais, c’est parce que  la guerre n’est pas finie !
 
- Une bataillle ? Mais où donc ?
 
- Mais entre Morale, Egoisme, Principe, Amour, Amitié. 
 
- Qui sont donc tous ces gens ?
 
- J’oubliais que toi tu ne les connaissais pas… Morale déteste les mensonges, et veut les éradiquer. Egoisme est son alliée, douteuse, certes, car elle défend ses propres intérêts qui dans ce cas précis est de vouloir libérer les mensonges. Leurs motivations sont différentes mais le résultat identique.

- Principe, Amour et Amitié sont donc les opposants ?
 
- C’est plus complexe. Principe est ambigüe, il passe son temps à hiérarchiser les priorités, et il défend tantôt Morale, tantôt Amitié. C’est une girouette. Amour n’a qu’une seule raison d’être, c’est que ses protégés s’épanouissent et sois heureux. Dans la situation actuelle, elle protège les mensonges pour éviter le chaos que cela pourrait entraîner… Amitié, inséparable d’Amour, défend ses causes à l’unisson !
 
- Ces joutes t’exténuent mon pauvre Conscience !

Il regarda à nouveau sa loupe-montre à son poignet. Attente. Puis les étoiles chassent les nuages. Rêve, pendant quelques poussières emmène ses locataires chez Songe….

07.04.2008

L'écrivain

Un mois... Un peu plus d'un mois. L'écriture est un exercice si douloureux, fastidieux. Elle souffrait, et commençait à paniquer. Et si elle ne réussissait pas.

Elle était devant son ordinateur, la page blanche. Elle devait remettre à son éditeur ce manuscrit le lendemain. Elle avait eu un mois supplémentaire pour achever cette deuxième version, il lui avait demandé de retravailler la chute. “Tu te caches derrière les mots, une fin trop attendue, lance-toi”… Ce chapitre, combien de versions en avaient-elle déjà écrites. Un air de déjà vu, à chaque fois.

Elle avait gagné son statut d’écrivain par le plus grand des hasards en envoyant sans conviction quelques nouvelles regroupées dans un recueil et un roman qu’elle estimait jeune, mal ficelé. C’était une manière de se dire qu’elle était allée jusqu’au bout du processus. Mais il l’avait rappelée, il avait aimé, et elle avait publié ce recueil en le retravaillant ci et là… Le public avait apprécié, elle était la “jeune écrivain talentueuse” du moment. Pression. Serait-elle à la hauteur de ce public qui l’avait consacrée et avait changé son destin ? Invitée à toutes ces émissions, elle avait été emportée par les évènements sans vraiment réaliser ce qui lui arrivait. Ce deuxième roman était un enjeu important. Il déterminerait si ça avait été un “coup de bol” ou si elle était digne du succès qu’elle avait eu bien malgré elle.

Elle était incapable d’aligner trois mots les uns derrière les autres. 

“Les années passèrent, et ils se retrouvèrent dix ans après leur première rencontre sur cette plage d’Acapulco où ils s’étaient échangés un premier baiser…”
Magnifique, on se croirait dans un Soap Opera.

“Le jour de leurs retrouvailles, il arriva une heure en avance à la Gare Montparnasse. Elle lui avait donné rendez-vous au bout du quai du train partant pour Bordeaux. Dix années étaient passées, à quoi ressemblait-elle ? Et lui, il avait pris de l’embonpoint, mais il était encore bel homme. Nerveux, il s’alluma une énième cigarette. Elle n’aimerait pas. Il lui avait promis qu’un jour il arrêterait. Dix ans après, il fumait encore. Il vit soudain une silhouette passer rapidement devant lui. C’était elle. Aucun doute possible. Ses cheveux bruns étaient relevés en chignon, elle portait une robe légère qui laisser deviner ses formes qu’il avait tant chéries… La démarche. C’était elle, en avance aussi. Que faire ? Aller à sa rencontre ou attendre ?  Non, l’observer un peu avant.

Son visage était toujours celui d’une jeune fille, mais on sentait dans son regard une maturité, de la gravité. Les années, les difficultés qu’elle lui avait évoquées rapidement par e-mail. Ce mail… Il n’avait pas ouvert son courriel immédiatement, lorsqu’il avait vu son prénom apparaître. Il était allé se chercher un café, s’était isolé dans une salle de réunion, avait pris sa respiration et avait cliqué sur l’email. Elle était revenue. Le message était court. Elle lui en dirait plus quand elle le verrait, et lui avait donné rendez-vous. Il aurait pu refuser, effacer à jamais celle qui l’avait laissée un jour sans rien dire. Mais non, Il lui avait répondu très succintement, “ok, je serai là””. Et là, tout revenait. Tout l’amour qu’il avait éprouvé pour cette femme, tout. Il l’aimait encore comme un fou, et sa simple présence à quelques mètres de lui réveillait ses désirs… “
Trop mélo !

Elle se leva, fit quelques étirements. Depuis huit heures du matin, attablée devant son écran. Il faisait nuit à présent, elle était dans le noir. Et cette page qu’elle ne cessait de remplir pour tout effacer immédiatement. Que connaissait-elle à l’amour, elle ? Elle imaginait des histoires à partir de souvenirs de ce qu’on lui racontait, de films, de livres, et de son imagination…

Mais il lui avait dit de sortir d’elle-même. Comment faire quand on a rien vécu ? Elle avait grandi dans une famille sans histoire, avait connu quelques flirts, des histoires plus ou moins longues, mais rien de ces grandes passions dont rêvent toutes les jeunes filles en fleur… Elle n’y arriverait pas, et elle serait démasquée. Une imposteur, elle avait trompé son public qui avait crû en elle.

Elle se souvint de ce que sa grand mère lui avait laissé au crépuscule de sa vie. Des carnets, ses journaux. Elle ne les avait jamais ouverts par crainte de l’Inconnu. C’était des carnets de moleskine, noirs, où son aïeul avait uniquement collé des numéros sur la couverture pour en signaler la chronologie.  Elle prit le dernier, ouvrit une page au milieu…

“Quand on traverse le chaos, on espère toujours que quelqu’un vous apportera la lumière. Il a été là, présent, à chaque instant, chaque seconde, pour m’épauler, m’aider dans cette période si difficile.

Car lui n’est plus. Cette séparation si douloureuse que la vie m’a imposée malgré moi, j’aurais voulu mourir avec lui. Je croyais en lui, je l’ai aimé profondément.

Cette nuit-là, quelques jours après sa disparition, j’ai erré. J’étais perdue, prête à mettre fin à mes jours, je me suis balladée sans but, sans destination, dans ces rues que je connais si bien. Tu penses, je n’ai jamais quitté ma petite ville. J’ai marché, en espérant qu’une voiture me renverse, que des gens m’agressent, que quelqu’un mette fin à ce désespoir qui m’envahissait. Cette abominable douleur. C’était tard dans la nuit. A quoi bon vivre s’il n’est plus ? L’Amour… A quoi bon se battre pour rester en vie, pour qui, pour quoi ? Je ne souhaite à personne de ressentir ce découragement ultime, cette envie de se laisser mourir. J’ai simplement voulu que tout s’arrête. Je ne me sentais pas capable d’affronter le vide, les responsabilités, les gens, ma vie. Retrouver du sens à mon existence… Je ne croyais plus en rien, et sans lien apparent pourtant, je ne croyais plus en l’Humanité. Et il m'a suivi, il a veillé sur moi sans que je ne le soupçonne, et il m'a rattrapée avant que...Des nuits d’angoisse, des sommeils troublés, des pensées morbides, des pleurs… Tel a été mon lot depuis que la vie me l’a enlevé. Se sont mêlés les souvenirs… Ah les souvenirs !

Ma petite-fille… Toi à qui je destine ces carnets, si un jour tu lis ces lignes. Les souvenirs sont la plus belle et la pire des choses pour nous autres, êtres humains. Il est bon parfois d’oublier, d’être amnésique. Car les joies du passé se transforment en manque et la douceur des moments à deux sont vécus comme la plus intense des douleurs quand nous ne les avons plus. Pour autant, aime ma petite, aime encore et toujours, car finalement, qui n’a jamais aimé – et donc souffert – ne connaitra jamais de bonheur équivalent à celui qu’on partage avec son Amour.

Il a été là. Qui il ? Lui. Lui si cher à mon coeur. Tu ne l’as pas connu, car il est discret, et c’était mon jardin secret. Je ne t’en ai jamais parlé. Ton grand-père était au courant, ne t’inquiète pas, mais respectait cette relation. Il n’aurait rien pu faire contre de toutes manières.

Lui, c'est mon complice, un ami d’enfance, quelqu’un avec qui j’ai grandi, et qui a toujours été là pour panser mes blessures, et faire des gamineries. Mon âme d’enfant a été preservée grâce à lui, et mes rêves les plus farfelus, il les a comblés. Je te souhaite, ma fille, d’avoir quelqu’un comme lui à tes côtés, même si c’est rare, ce sont des personnalités à part. Il a toujours été “à part”. Dans son monde, dans sa bulle, ne vivant, ni ne pensant pas comme tout le monde, pas parfait, non loin de là, mais j’ai finalement respecté cette manière d’agir et pourtant, si tu savais… Ca non, il n'est pas parfait !  Je l'aime à l'infini lui aussi.

Je n’aurais sans doute jamais surmonté le décès de ton grand-père, s’il n’avait pas été là. Probablement que je me serais laissée mourir. Car je ne songeais qu’à ça. A force de patience, de tendresse, d’amour, il m’a épaulée à chaque seconde. Et aujourd’hui, au moment où j’écris ces lignes, il est encore là, et je remercie le Ciel de m’avoir apporté un tel cadeau. Certaines personnes donnent du sens à votre vie, celles-là il ne faut pas les éloigner… quels que soient leurs choix de vie, et même si ça peut te paraître étrange. Probablement qu’au moment où tu liras ces lignes, je ne serai et lui ne sera plus de ce monde… mais il était important que je lui rende hommage, car sans lui, tu n’aurais peut-être pas eu ta grand-mère si longtemps encore à tes côtés. Il a toujours été là, et sera là encore jusqu’au bout, je le sais.

Aujourd’hui ça fait un peu plus d’un mois que ton grand-père n’est plus parmi les vivants, et je souffre son absence, pas un seul jour ne se passe sans que je ne pense à lui. J’ai envie de le sentir près de moi physiquement, je repense à son regard, ses gestes tendres, sa présence. Mais la mort est la seule chose irrémédiable, il va bien falloir que je continue de vivre avec, que j’avance sans lui, que je me re-crée une vie, la mienne.

L’amour est, lorsqu’il est sincère, éternel, j’en suis convaincue. Ca n’empêche pourtant pas qu’on peut aimer différentes personnes, de manières différentes… L’être humain a cette capacité d’aimer perpétuellement, je crois. Parfois il l’oublie, ou il le refuse, mais on ne lutte pas contre la nature. J’ai aimé ton grand-père, de manière sincère, profonde, il restera là en moi jusqu’à ma mort. Et pourtant, ma fille j’ai aimé aussi beaucoup d’autres hommes avant lui, tous différement, et leurs “passages” dans ma vie restent indélébiles. Ils font tous partie de moi. Tous.

Si un jour tu souffres, ma chérie, d’une déception sentimentale, souviens-toi.. Souviens-toi que tu aimeras encore, car c’est ainsi que la vie est faite. Tu n’oublieras jamais tes Amours, mais tu aimeras à nouveau. Voilà ces quelques lignes pour aujourd’hui, pour combler le manque et le vide provoqués par l’absence de ton grand-père. Là où il est, il pense certainement à moi, tout autant que je pense à lui, mais c’est la vie… “


Des larmes coulèrent sur sa joue… Comment avait-elle pu laisser ces carnets si longtemps prendre la poussière ? Sa grand-mère était une femme souriante, dynamique, qui avait quitté le monde pour les étoiles lorsqu’elle avait dix-sept ans. Elle aimait passer les après-midi chez elle, où elle lui racontait des anecdoctes sur ses parents, la choyait avec des gourmandises en tout genre, lui faisait découvrir des tas de choses. Pour ses seize ans, elle lui avait offert un magnifique stylo Mont Blanc.

Elle retourna devant son ordinateur et se mit à écrire, enfin.


21.03.2008

Première Gnossienne - Aldo Ciccolini

 

podcast

 

 

Une marche, puis une autre, puis encore une autre... Monter, redescendre, remonter encore, et redescendre encore plus bas, remonter...

Les flammes dansent et ensorcelent... Orange, Jaune, Marron, Bleu... Le bois crépite entonnant son dernier chant.

Une marche, puis une autre, puis encore une autre... Monter... Monter ?

Là-haut, il y a une immense toile peinte. Le ciel étoilé de Van Gogh. L'artiste admire son oeuvre. Est-il fou ? 

Une marche, puis une autre, puis encore une autre.... Redescendre...

En-bas, c'est le vide. Elle est assise sur le rebord d'un toit parisien, et elle admire l'infini sous ses pieds qui se balancent. Au-dessus les astres, et en-dessous, le néant qui attire. "Viens, lui dit-il, viens.... Imagine comme tu seras aérienne, légère... Une fraction de seconde tu seras comme les oiseaux, tu voleras. Libre...". A sa droite, les Invalides. A sa gauche, le pont Alexandre III. Seule sur son toit, elle profite du silence. A cette heure avancée, il y a peu de passants. Paris  est magnifique. 

Les flammes dansent et ensorcelent ... Orange, Jaune, Marron, Bleu.... est-elle en train de divaguer ? 

Toi... Qu'as-tu fait aujourd'hui ? Tu t'es levé(e) et tu t'es habillé(e) ? As-tu pris une douche, un bain ? Quelle a été la première pensée de ta journée ? Pourquoi avoir choisi ces vêtements ? Ou peut-être es-tu encore nu(e) ? Toi. Une petite particule de cet univers sans limite. Poussière... Es tu amoureux, amoureuse ? As-tu fais attention à toutes ces personnes qui t'ont entouré(e) dans le bus, le métro, le tramway, dans la rue, autour de ta voiture. Toutes ces entités anonymes qui te cotoient. Et ce garçonnet qui pleurait ou ce sans-domicile qui a passé la nuit dehors... Que cache le visage de cet homme sérieux ? As-tu pris un thé ou un café ? Du chocolat peut-être... Ou un verre de jus d'orange, non de pomme ? Toi, qui es-tu ? Toi et eux. Toi et elle(s). Toi et lui. Ton histoire, quelle est-elle ? Es tu heureux, heureuse, ou triste ? As-tu des enfants ?  Rêves-tu encore ? Toi...

Une marche, puis une autre, puis encore une autre... Où, à présent ? Soupirs. Vers les Tournesols du peintre peut-être....

04.03.2008

La vie en rose

6h43, elle était réveillée et s’interrogeait dans son immense lit aux draps rouges de ce qu’elle pouvait faire à cette heure alors qu’elle ne travailllait que dans quelques heures. Sa vie lui parassait être un Songe, tout était irréel. Elle s’était shootée au somnifère la veille pour oublier sa “misérable” existence. Riche héritière, un père à la retraite remarié aux Bahamas papillonnant de maîtresses en maîtresses, une mère qui passait la plupart de son temps dans les cliniques de chirurgies esthétiques et dans les dîners mondains show-off, un frère dandy déjanté pseudo-intello qui sniffait des rails de coke sur des capots de bagnole avec ses potes, et elle…

Elle, la désoeuvrée, enfant pourrie gâtée matériellement, mais seule, isolée, dans son appartement 5 pièces au 6ème étage d’un hotel particulier familial dans le 8ème arrondissement de Paris offert par ses parents pour ses 25 ans afin qu’elle prenne son indépendance. Comme les jeunes filles de son “rang”, elle avait eu le choix entre un destin classique, faire des études correctes d’attachée de presse, de droit, ou de Lettres, rencontrer un homme “de son rang”, faire un beau et somptueux mariage, et passer la fin de sa vie dans l’oisiveté des week-ends à St Tropez, New-York, Milan, Verbier dans les propriétés de ses copines, à organiser des soirées grâce à son carnet d’adresse et son charme, pour finir par surprendre un jour son mari dans les bras d’une jeune mannequin en vogue qu’elle aurait conviée pour une Party, et se résoudre à prendre elle aussi un plus vieil amant, mais plus friqué. Ou, étant donné que sa mère avait travaillé dans les milieux de la Haute Couture, elle pouvait aussi suivre la voie moins classique et plus “showbizz”,  à la Paris Hilton, en noyant son désespoir dans des frasques auto-destructrices.

“Sale gosse de riches”, regarde-toi, tu n’es qu’une égocentrique trop malheureuse qui même en restant dans ce lit jusqu’à la fin de tes jours tu ne manqueras pas d’argent pour vivre dans un comfort scandaleux comparé à la moyenne des “Français”. Mais tu es heureuse d’avoir cette chance, la vie est ainsi faite, et quelqu’un d’autre à ta place en profiterait aussi. La vie douce convient à tous les êtres quoi qu’on puisse dire. Les envieux ne cracheraient pas dessus quoi qu’ils puissent inventer pour soulager le fait, qu’eux, n’ont pas cette aisance matérielle. Injuste la vie, elle l’admet. Mais pourquoi culpabiliser là-dessus.

Pourtant tu as voulu te batttre un minimum, tu as passé tes concours sans piston, et tu les as réussis. Tes années étudiantes loin de ton cocon doré étaient sans doute parmi les plus heureuses. D’autres personnes, d’autres horizons, tu étais une fillle comme les autres en basket, sac-à-dos, restau u… dans un studio plus grand que la moyenne certes, mais comme les autres.

Mais là, tu es lasse. Est-il possible de disparaître ? Est-il possible de n’être plus qu’un grain de poussière ?  Tu es jolie, intelligente, la vie est facile, tu as des amis, un avenir radieux, une carrière professionnelle que finalement tu ne dois à personne qu’à toi seule, de l’argent… La maladie d’une génération désabusée, le mal-être. Toi je te hais, toi qui me ronge à chaque seconde en traitre chaque infime partie de mon corps. Sous ma peau si douce, il y a une moisissure qui grandit et s’installe dans les moindres recoins.

Quelle légitimité as-tu à la souffrance ? Aucune. Tu devrais être heureuse ! Ecoute ma voix, c’est un ordre, “tu es enjouée !”, répète après moi. Oublie ceux qui te prétendent que l’argent ne fait pas le bonheur. “Voyez le résultat, famille destructurée.“, s’indignent toutes ces personnes bien-pensantes qui ne cessent de juger en permanence. Peut-être. Pourtant l’argent peut rendre très heureux, et les familles de névrosés existent n’importe où, quel que soit le milieu social. La nature humaine n’a pas de frontières matérielles et le désespoir aussi.

7h10. Soudain dans un grand éclat de rire nerveux en regardant sa vaste chambre de 22 mètres carré. C’était une pièce haut de plafond type hausmannien avec les moulures, un lustre d’époque – héritage de sa grand-mère -, une grande cheminée au-dessus de laquelle prônait un immense miroir où elle pouvait y voir son reflet, une fenêtre s’ouvrant sur un balcon qui courrait tout autour de son 130m2 et donnait sur une cour lumineuse. Ses rideaux étaient ouverts, elle regardait le jour qui pointait timidement en cette saison hivernale. Si elle pouvait se transformer en nuage ou en feuille d’un arbre, ou …

“I see trees of green, red roses too, I see them bloom for me and you….  And I think to myself, what a wonderful world…”, la puissante voix de Louis Armstrong retentit à travers toutes les enceintes placées au plafond.  Il était temps de se lever, se doucher, se vêtir avec ses fringues de couturiers – naturellement - , avaler un thé et le jus de fruit frais préparé par la gouvernante de ses parents qui avait du déjà arriver car lundi était le jour du ménage, prendre son austin mini bmw, se rendre au travail, et affronter la journée ainsi que la semaine, en souriant de sa vie de conte de fée sans se plaindre, car ça aurait été déplacé. Elle était une jeune et belle femme active, et elle le resterait…

“I see skies of blue and clouds of white, the bright blessed day, the dark sacred night, and I think to myself, what a wonderful world…”

29.02.2008

Comptine d'une convalescente

1 kilomètre à pied, ça use, ça use… 1 kilomètre à pied, ça use les souliers… 2 kilomètres à pieds, ça use, ça use, 2 kilomètres à pied, ça use les souliers… Qu’est ce qu’elle a donc fait, la p’tite hirondelle, elle nous a volé, trois p’tits sacs de blés… Nous la rattrap'rons, la p'tite hirondelle, et nous lui donnerons, trois p'tits coups d'bâton….

Ces airs dans sa tête… elle entendait des voix lointaines lui entoner en boucle toutes ces comptines. Elle ne voulait pas réfléchir…

Trois p’tits chats, trois p’tits chats, trois p’tits chats, chats chats…. 1 kilomètre à pied, ça use, ça use… 1 kilomètre à pied, ça use les souliers… Passe, passe, passera….

Encore… encore des chansonnettes, les brouhahas d’enfants, des cris de fillettes se chamaillant, des encouragements pour celui qui doit dégager le ballon, les sons des billes qui se touchent, des secrets chuchotés au creux d’oreilles ou le bruissement de pages tournées d’un timide garçonnet dans le coin de la cour de récré qui s’identifie aux Pirates les plus célèbres ou autres grands aventuriers… Encore…

Passe, passe, passera, la dernière, la dernière…. Dansons la capucine… y’a pas de pain chez nous, y’en a chez la voisine, mais ce n’est pas pour nous…

Le bruit des craies sur le grand tableau vert. Elle aimait le nettoyer avec l’éponge toute humide, Elle aimait la couleur sombre, mais brillante qu’il prenait soudain. Mais elle avait horreur du crissement de la craie parfois sur l’ardoise. Rien que d’y songer, elle sentit un frisson la traverser. Ne plus penser, mais se transporter dans le passé ou dans des univers lointains.

Sur le pont d’Avignon, on y danse, on y danse.. Sur le pont d’Avignon, on y danse tout en rond...

2001, l’Odyssée de l’Espace. Redevenir un embryon. Vieillir pour rajeunir. Un cheminement vers la re-composition au lieu de la dégénérescence. Intéressant concept. Pourquoi pas ?, se disait-elle.

Le facteur n’est pas passé, il ne passera jamais, lundi, mardi, mercredi, jeudi….


Je pense donc je suis. Descartes n’avait jamais du ressentir la violence des sentiments lorsqu’il avait énoncé cette maxime. Je ressens donc je suis, lui paraissait plus juste à cet instant précis. Elle aimait aussi dire souvent qu’elle imaginait donc elle était. Romanesque, elle se prenait pour la jolie Roxane d’Edmond Rostand. Courageuse, elle était Lady Oscar ou Jane Eyre. Halte là, vous, Soucis ! Eloignez-vous, Tristes Sires ! Je vous défie de dépasser cette frontière invisible qui nous sépare, vous, les Maléfiques vagues-à-l’âme, et nous, les Merveilleuses Divagations. Avec panache, je vous mettrais à terre. Ah, je vous vois, vous tremblez. Vous craignez la puissance de ma plume...

Bonjour ma cousine, bonjour mon cousin germain.. on m’a dit que vous m’aimez, est-ce bien la vérité ? ….

“Moi, si j’étais un homme….”
, Diane Tell avait raison, peut-être aurait-elle du être un homme. Un jour seulement pour essayer. Ne serait-ce que pour pouvoir uriner différement, et ressentir la jouissance masculine. L’orgasme viril. Le plaisir de la pénétration. Si, elle avait été un homme, elle aurait été un gentleman charmeur, mais avec des principes. Elle en était certaine. Elle aimait Bel-Ami car il était mâlin, fin, opportuniste intelligent, ayant compris la faiblesse des femmes. Elle maudissait l’aveuglement égotique d’Armand Duval avant qu’il ne réalise l’amour de Marguerite, comprenait le héros de Radiguet dans sa passion pour Marthe, avait de la compassion pour Valmont qui eut la chance de noyer son cynisme contraint de reconnaître la force de l’Amour, adorait Aramis pour sa sensibilité et d’Artagnan pour son panache, s’insurgeait tristement de la grandeur d’âme de Cyrano, admirait certains côtés de Solal…. Et tant d’autres encore. En revanche, elle n’avait jamais voulu être capitaine.

Il court, il court le furet… Le furet du bois, Mesdames… Un éléphant qui se balançait sur une toile toile toile, toile d'araignée….

-    Que regardes-tu ?
-    Le plafond.
-    Je vois bien que tu as les yeux vers le haut, mais pourquoi ?
-    Parce que ça me détend. J’aime regarder un fond uni blanc. Ca me repose les yeux et l’esprit. Et  je me mets à divaguer, je vois des animaux, des gens, des formes, des paysages…. C’est comme si un invisible projecteur de cinéma à l’ancienne me passait pleins d’images animées. Parfois je peux même entendre le bruit du petit moteur qui tourne, et souvent l’image que je crois voir sur ce plafond est décrépie, à l’ancienne. Penses-tu que je sois une Illusion ? En fait, je crois que je dors, et qu’un jour je vais m’éveiller. Toi, tu n’existes d’ailleurs pas. Tu n’es qu’une création de mon Imagination.
-    Ca doit être ça oui…
-    En réalité, tu viens de l’an 10 593 pour changer l’avenir car dans quelques jours il va y avoir un énorme cataclysme. La planète va se remettre à rêver et ça va entraîner une perturbation de l’ordre politique mondial, et modifier tout l’éco-système, car la création générée par tous ces rêves est une source énérgétique incroyable. Et toi, tu viens pour juguler tous ces Songes. Avoue-le !
-    Luka ?
-    Oui..
-    Je crois que tu es en train de complètement partir en live, si je puis me permettre…
-    Je ne vois pas pourquoi tu dis ça…


Vive le vent, Vive le vent, Vive le vent d'hiver, Qui s'en va sifflant soufflant, Dans les grands sapins verts…. Oh !


Elle était assise sur leur banc sur le champ de Mars, et elle se sentait vivante. Autour d’elle, le monde s’agitait, les voitures klaxonnaient. Elle aimait ce décalage entre son inertie de convalescente, et l’activité quotidienne de cette ville en ébullition. Et elle était à cette croisée des chemins, où la souffrance récente se mêle à l’excitation des nouveaux grands départs, conquête des Terres Inconnues. Ne pas réfléchir, oublier, ne pas céder à la facilité pour se concentrer sur une seule question : et maintenant ?

Epuisée par la maladie qui l’avait tenue alitée si longtemps, elle refusait aujourd’hui de se laisser envahir par les souvenirs de piqûres toutes les heures, de cachets si nombreux, qu’elle ne pouvait plus en avaler aucun. Elle ne ressombrerait pas, son corps avait été victorieux, et elle avait le droit de vivre, différement peut-être, mais vivre sans chaise roulante, sans infirmière pour la surveiller, sans tout ça. Elle marchait à l’aide d’une canne à présent. Les médecins étaient formels, dans un mois, elle n’en aurait plus besoin. Ses nuits d’angoisses, ses crises de larmes, ses désarrois, ses envies de mettre fin à ses jours fréquentes, ses souffrances intérieures exténuantes, ses peurs du monde, tout ça devait être à jamais réduit à néant. Elle essaierait. A présent, elle contemplait la foule, posée sur ce qui fut jadis leur banc le temps de quelques heures, seule. Prête à résister à ses vieux Démons, elle savait qu’elle rechuterait ci-et-là dans des moments d’intenses solitudes et d’incompréhension du monde… Mais plus jamais ces abysses inquiétants, plus jamais cette fascination du vide, plus jamais des mois d’hopital comme ceux qu’elle venait de vivre.

Passe passera la dernière y restera…


26.02.2008

Disparition

Dans la boite il y a une autre boite, et dans cette boite encore une autre boite, et encore une autre, puis encore une autre, jusqu’à une minuscule boite plus petite qu’un ongle. Si petite qu’il faut la prendre avec une pince à épiler si on ne veut pas la casser. Mais dans cette miniature, lorsque l’on plonge son regard à travers une loupe, il y a l’immensité de l’Univers. Soudain, vous êtes au milieu des étoiles,  et la Terre vous semble un grain de sable. Vous êtes en train de voltiger de planètes en planètes en vous interrogant de cette ingéniosité miraculeuse de cet objet microscopique. Comment l’Infini peut-il être contenu dans cet espace si défini ?

-    A quoi penses-tu ?
-    A une histoire de boites…
-    Une histoire de boites ?
-    Oui, une histoire qui m’a traversée l’esprit.
-    Encore dans tes rêveries…
-    Mes rêveries me sauvent des Réalités maussades que le quotidien engendre parfois.
-    Ou tes rêveries te mettent définitivement en orbite dans une autre dimension !
-    Et alors, où que je sois tu me trouveras, tu me l’as toujours dit, de quoi t’inquiètes-tu ?
-    De rien, je t’observe.

Une plume. Curieux, elle voltige au-dessus du torrent, mais jamais ne touche l’eau, elle joue avec son reflet, libre et aérienne. Joyeuse, elle sourit au caillou qui lui  bien posé sous l’eau, la regarde avec amusement. Puis une bise l’emporte, elle se retrouve sur le sol, dans l’herbe fraîche qui borde les rives de l’impétueux flot d’H2O. Et soudain disparaît.

-    Allo ?
-    Oui…
-    Ici la Terre.
-    Quoi ?
-    Reviens, ton corps va finir par être vide si tu poursuis ton ascension.
-    Et si je n’ai pas envie moi de revenir ?  Là haut, je suis en apesanteur, et je joue avec les comètes.
-    Si tu ne reviens pas, je vais dépérrir.
-    Mais tu auras mon corps et l’illusion que je suis encore parmi vous.
-    Je ne suis pas dans les Mirages, et je te veux toute entière.


Une petite fille au bord d’une flaque observe les ronds dans l’eau provoqués par des gouttes d’une bruine légère. Hypnotisée, elle veut oublier qui elle est. Est-ce possible de devenir amnésique grâce à l’imagination ? Elle aimerait se noyer dans cette petite mare, se transformer en canard en plastique, ou tout simplement devenir un atome de cet ensemble, une particule. Elle aimerait sauter à pieds joints et se retrouver de l’Autre côté, là où ses peluches lui parleraient, elle irait danser avec ses poupées, rigolerait avec Casse-Noisette, et glisserait sur un Arc-en-ciel. Et l’anodine nappe d’eau pourrait devenir un Océan, où soudain la petite fille serait perdue dans l’Immensité pour ne faire plus qu’un avec les Eléments. Un souffle, et disparaître, devenir invisible.

-    Luka, oh, Luka !
-    Quoi ?
-    Mais enfin regarde tes jambes, tes mains, tu disparais !
-    Comment ça ?
-    Mais oui, regarde, tu  n’as plus de membres !!!!
-    C’est pourtant vrai ce que tu me racontes ! Je suis en train de m’estomper, c’est curieux ?
-    CURIEUX ? C’est tout l’effet que ça te fait ? !
-    Et bien quoi, je  m’efface et alors ?
-    ALORS ? Cette fille est incroyable, elle est en train de se dissiper devant moi, et elle reste calme comme une fourmi qui ferait la grève !
-    Tu t’affoles pour rien, cela n’est pas si grave…
-    REGARDE tu n’as plus de VENTRE !!!! ET TES AVANTS-BRAS aussi !
-    Je ne suis plus qu’une buste et une tête, avoue que c’est une expérience amusante ?
-    AMUSANTE ! Décidément, je ne te comprends pas. Ce sont tes Songes qui te pompent toute ta matérialité. Arrête, je t’en supplie, reste avec moi.
-    Mais je suis avec toi chaque seconde qui s’écoule. Mais je suis lasse de cette vie si…. réelle.
-    Luka… tu me laisses ?
-    Non, jamais, mais je me perds dans mes Visions, je deviens une Idée.
-    Luka, je ne veux pas, laisse-moi quelque chose.
-    Je te laisse tous nos Espoirs, nos souvenirs, des horizons nouveaux, des pages blanches à remplir.
-    Tu n’as plus que tes yeux…
-    Mais tu entends ma voix...
-    Oui, c’est vrai….
-    Il te reste donc ma voix, dans ton coeur, et autour de toi…
-    Je t’aime, reviens.
-    Je ne pars pas, même si je ne suis plus, je dis Adieu à mon enveloppe corporelle, et je ne garde que mon Âme pour ressentir l’Amour, la joie, la tristesse, la douleur, le désarroi, la passion, l’affection, la tendresse, et mon Intellect pour conceptualiser des Mondes nouveaux… Quand je me vois dans un miroir, il n’y a aucun reflet. Je ne t’ai jamais autant aimé qu’en n’étant plus qu’un Concept. Je me suis battue pourtant, j’ai résisté pour ne pas céder, mais c’est trop tard, j’ai vu les Abysses et ils m’ont attirée. J’ai regardé l’Horizon, et j’ai voulu m’y perdre. Déstructurée. Mon cerveau au Nord, mon coeur à l’Est, mon Âme au Sud, et mon corps à l’Ouest… 

Dans la boite il y a une autre boite, et dans cette boite encore une autre boite, et encore une autre, puis encore une autre, jusqu’à une minuscule boite plus petite qu’un ongle. Si petite qu’il faut la prendre avec une pince à épiler si on ne veut pas la casser. Mais dans cette miniature, lorsque l’on plonge son regard à travers une loupe, il y a l’immensité de l’Univers. Soudain, vous êtes au milieu des étoiles,  et la Terre vous semble un grain de sable. Vous êtes en train de voltiger de planètes en planètes en vous interrogant de cette ingéniosité miraculeuse de cet objet microscopique. Comment l’Infini peut-il être contenu dans cet espace si défini ?

19.02.2008

Dance me to the end of Love - Madeleine Peyroux

 

 



(je poste le youtube, car mon mp3 se charge bizarrement)

Greenwich Village, Manhattan, un bar jazzie. Il est 4.30 am. Un couple s'attarde à une table, les yeux dans les yeux. Un groupe d'amis discutent à voix feutrées. Un homme au bar, seul, devant son gin tonic. Et la chanteuse qui entonne cet air sans se soucier de l'heure. Elle est dans ses pensées, le public ne lui importe plus. A cette heure, en symbiose avec son pianiste, ils chantent pour leurs âmes. Le temps est suspendu, l'agitation passée. C'est une belle femme, d'âge mûr, toute de noir vêtue, les cheveux relevés en chignon, légèrement typée. Son compagnon musical est anachronique, habillé comme dans les années 30's, un costume trois pièces, un chapeau qui a vécu, lui auss, dans sa bulle. 

Où est-elle quand elle ferme les yeux ? Ici, et ailleurs, partout où le temps n'a point d'emprise, partout où ses douleurs s'évanouissent dans les plaines aux Esprits. 

" Dance me to your beauty with a burning violin
Dance me through the panic 'til I'm gathered safely in
Lift me like an olive branch and be my homeward dove  "

"- Viens mon Amour, viens danser avec moi, pour se souvenir de tous nos baisers d'antan. J'aimerais sentir encore tes bras autour de ma taille, tes doigts caresser mes cheveux, ton souffle sur ma nuque. Viens et garde moi tout contre toi, que je me sente exister. Viens et fais moi rêver à tout ce que nous aurions pû être si tu étais encore parmi nous. Je n'ai pas oublié. Ton regard, ton odeur, ta peau. Rien. A jamais tienne, même à travers les Songes. "

"Dance me to the end of love
Dance me to the end of love"

" - Mon Âme, je suis encore là, comme je te l'avais promis. Jamais ne te quitte, jamais ne t'abandonne. Ferme les yeux, tu sentiras mon corps. Endors-toi, j'apparaitrai dans tes Rêves. Et nous dancerons encore, et toujours malgré le temps qui passe. Je sentirais tes courbes à travers ta robe légère, même si je ne suis plus. Je suis tiens, une idée, une douceur pour panser tes plaies vives..."

"Let me see your beauty when the witnesses are gone
Let me feel you moving like they do in Babylon
Show me slowly what I only know the limits of"

 

Il ne reste plus que l'homme seul au bar.  Il a fini son gin tonic. Il regarde la chanteuse qui vient d'entonner une nouvelle fois cet air. Il la trouve envoûtante. Elle dégage une douleur intense, mais une voix... cette voix... Il reprend un gin tonic. Et elle continue de chanter... 

17.02.2008

Monologue d'un Eternel

"Qui êtes-vous ? Que venez-vous faire par ici ? Allez-vous en, n'en avez-vous donc pas assez ? Toutes ces inquiétudes, tous ces songes, toutes ces peurs. Depuis des décennies. Oui, je sais, je suis immortel et je suis contraint de supporter encore ces dérèglements de l'âme. Nous croyons toujours que ça cesse, on espère, on croit, on se dit "un jour, je serais serein", oubliez !
 
Jamais vous n'atteindrez cet état de Félicité, cette illusion de jardins merveilleux où l'apaisement domine. Enfin libérés, enfin le nirvana ! Rendez-vous service, renoncez immédiatement.
 
J'ai 778 ans, et je suis las de vivre. Condamné à l'immortalité. Non, je ne suis pas un vampire, juste un homme qui un jour a eu la chance et le malheur de rencontrer une fée. Elles existent, croyez-moi ! Elle était magnifique, des cheveux longs légèrement ondulés, brune, une peau d'une blancheur éclatatante et sa voix d'une douceur infinie me transportait au-delà des Songes. Comme dans ces histoires pour enfants, auxquelles nous, adultes incrédules, nous n'accordons aucun crédit, elle m'exauça trois voeux.
 
A 25 ans, on est plein de fougue, et j'étais un ambitieux. Vie éternelle, richesse assurée, et le physique vaillant d'un homme toujours jeune, voilà ce qui me semblait être les clés du bonheur. Je n'étais point sot pourtant, mais j'avais négligé l'Amour. Je vous vois, vos yeux moqueurs. Vous vous dites : "Il est fou, mais distrayant, écoutons-le !". J'ai eu votre âge il y a des siècles, je ne vous blâme pas. Ecoutez, très chers et chères, écoutez.
 
" Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil."

 

J'appris cette ode à une époque très lointaine. J'ignorais tout de l'Amour, et pendant des années je n'ai jamais su ce que c'était. J'avais la vie éternelle devant moi, pourquoi me serais-je attaché ?
 
A moi ces corps charnus, ces voluptés, ces seins, ces fesses, ces  chutes de reins, ces brunes, blondes, rousses, chatains, jeunes, plus mûres, maigres, rondes, petites, grandes... toutes... Mes désirs étaient des ordres à peine déguisés, car j'avais la beauté, la richesse, la réussite sociale, la culture, et l'expérience. Elles se pâmaient devant moi, m'adoraient, m'aimaient ou s’en convaincaient. Le vicomte de Valmont à mes côtés faisait pâle figure. Je l'ai connu, nous nous amusâmes ensemble parfois dans des Orgies. Puis il rencontra Laclos qui l'immortalisa pour les siècles à venir. Oui, Valmont a existé.
 
Bref, mes ardeurs de mâle furent satisfaites durant de très nombreuses années. Un homme peut vivre sans amour pendant longtemps s’il n’est pas soumis à une contrainte temporelle ou sociale. La tendresse, la satisfaction des sens, ça me suffisait. J’ai eu des compagnes – malgré tout - sur des périodes plus ou moins longues, en fonction des sociétés, des moeurs, du temps. J’avais de l’affection pour elles, mais j’étais eternel. Elles ne seraient qu'éphèmères pour ne pas mettre à jour mon secret, et je me comportais vis-à-vis d’elles comme des filles de passages pour qui j’avais plus ou moins de respect. Elles n’en étaient que plus éprises. L’Amour n’est pas un mystère, ce sont souvent les mêmes effets pour les mêmes causes. J'étais un Artiste des Jeux Amoureux. Enfin l’ai-je crû pendant longtemps…

J’ai été relativement heureux pendant au moins trois siècles et demi, ne me souciant que de ma personne, de luxure, volupté et de mes différentes identités. J’ai eu plusieurs métiers, plusieurs vies. J’ai du me grimer, changer de pays, à chaque nouvel “âge” pour ne pas qu’on me découvre…  J’ai vu les hommes reproduirent toujours les memes erreurs, se battre, s’entre-tuer, pour souvent des raisons obscures de lutte de pouvoir, d’égos... Stupidités, même si je suis aussi coupable. Vous m’avez tous et toutes connu, vu en photo, dans des films, sur des coupures de presse. Vous me connaissez, sans le savoir, vous m’apprenez, me citez, me lisez sans soupçonner qui je suis.

Aujourd’hui ma tête ne vous dit rien, magie de la chirurgie esthétique. Merci la modernité, mon corps jeune peut se soumettre sans aucun problème à ces multiples opérations. Je ne supportais plus mon visage après toutes ces années, aujourd’hui je suis enfin re-devenu PERSONNE. L’anonymat me convient, car je souffre depuis quelques siècles de ce mal humain qu’est l’Amour. Je l’ai aimé plus que ma vie, sans pouvoir la sauver, sans pouvoir arrêter le temps, sans pouvoir la garder avec moi. Elle seule connaissait mon secret et nous nous sommes coupés du monde pour pouvoir vivre en paix. Je l’ai vue belle, vivante, puis se flétrir, vieillir et mourir. Même sur son lit de mort, je l’ai trouvée magnifique.  Je crois bien que ce jour, j’ai perdu le goût des frivolités et ma destinée m’est apparue dans toute sa fatalité. Survivre. J’ai prié, souhaité retrouver cette fée pour l’implorer de me laisser mourir, en vain. La chair est triste, hélas !… Mes éxuberances d’antan ont un goût souvent amer désormais.

Certes, je ne me plains pas, j’ai encore ces petits plaisirs d’une vie douce et sans soucis, mais elle me manque. J’ai aimé après elle pourtant, différement. Mais j’ai aimé. J’ai recherché son âme à travers d’autres corps, sa voix dans d’autres bouches, ses regards dans d’autres yeux… Mais elle n’est plus.

Vous m’écoutez toujours ? Je vous vois silencieux à présent, tristes ? Pourtant ne le soyez pas, partez, aimez et laisser vous aimez, car je préfère mes souffrances d'aujourd'hui traversées çà et là par de brillants soleils...que mon insouscience d’hier…."

31.01.2008

Le petit carnet de moleskine noir....

Un enterrement. Elle était là, plantée dans la brume. Il faisait encore nuit. C'était l'automne ou l'hiver elle ne savait plus. Une journée de novembre, glacée. Elle était frigorifiée. Elle était seule face à cette tombe. Personne autour. Personne n'était venu à part elle. C'était une messe nocturne, une volonté originale du défunt qui avait finalement été respectée, car elle s'était battue pour que ça se déroule de la sorte. L'aube arrivait...  Elle voyait le soleil se lever péniblement derrière l’épais brouillard. Une tombe  ouverte dans un cimetierre de campagne, un bled perdu au milieu de nulle part. Elle avait son manteau noir zara, un gros pull col roulé noir, sous ce pull le t-shirt rose qu'il lui avait offert, un collant en laine gris, un pantalon gris, des bottes noires et une étole rouge qu’un autre ami lui avait ramené d’Inde. Et seule. Seule face au silence. Seule face à la mort, seule face au froid. Les larmes ne venaient pas, elle le ressentait pourtant ce vide, ce manque, ce sentiment d’horreur. On lui transperçait le coeur avec des centaine de couteaux chaque seconde qui s’écoulaient. Au moins, l’environnement fantasmagorique s’accordait à son âme.

Pourquoi es-tu mort, abruti ? Je t’avais pourtant dit qu’on devait mourir ensemble… Quand on était gamin, je t’avais supplié de ne pas disparaitre avant moi, tu n’avais pas le droit ! On devait être ensemble jusqu’à la fin de nos jours. Encore ton caractère contrariant, tu fais exprès pour que je sente combien je t’aime, j’en suis certaine. Je ne te ferai pas ce plaisir. Tu crois que tu vas me manquer ? Non, mais sans blague, pourquoi tu me manquerais ? Parce que depuis qu’on est môme, on joue ensemble ? Parce qu’on s’est dispute autant de fois qu’on s’est étreint et que je n’imaginais pas ma vie sans toi ? Je ne suis pas faible, moi. Souviens-toi quand je tombais et que je me blessais, petite, lors de nos conquêtes des Mondes Inconnus, je ne pleurais pas. J’étais forte. J’avais mal pourtant, et le sang coulait sur mes genoux. Mais je continuais à travers les bois pour te suivre. Les explorateurs  ne pleurent pas, même quand on a sept ans.

Et voilà tu es là, maintenant, au fond de ce trou. Comment as-tu osé me faire ça ? Partir… Et tu ne m’as même pas prévenu, non t’as préféré t’en aller brusquement, sans crier gare. Et les autres, où sont-ils les autres ? Ah c’est vrai, ils arriveront plus tard. Moi je voulais t’avoir pour moi toute seule encore quelques heures, en silence. Juste toi et moi. J’aurais aimé regardé des levers de soleil avec toi encore des années, surveiller les nuits de Pleine Lune et chercher la Grande Ourse. Je t’aime. C’était interdit par la Convention de Genève de partir comme ça. Tu ne respectes rien. Allez, réveille-toi. Allez, debout !!! C’est finit la blague, tu peux arrêter maintenant. T’as voulu me faire peur, mais ça suffit. Je sais que tu fais semblant. En réalité, le jeune homme que j’ai vu dans le cerceuil, c’était une copie, un faux, un mannequin que tu as fait mettre pour me faire croire que tu étais mort. Ca suffit maintenant, ce n’est plus drôle. Viens allons prendre un p’tit déj’, allons rêver encore à tout ce qu’on fera un jour qui n’arrivera peut-être jamais, notre bulle. S’il te plait, je ne rigole plus. ALLEZ !

Dans ce cimetierre il n’y a que quatre tombes. Il n’y a qu’une barrière en bois qui le cloture. On l’avait découvert au cours d’une de nos grandes conquêtes, et nous nous étions dit que nous pourrions se faire enterrer ici tous les deux, à moins de décider d’éparpiller nos cendres. Je voulais que mes poussières s’évanouissent dans l’Espace, tu te souviens ? Autour de nous, il n’y a rien. La campagne à perte de vue. A l’époque, cette étendue nous ennivrait, on imaginait que c’était les nouveaux territoires conquis. Aujourd’hui, cet espace m’isole, je suis perdue dans le Néant. Il n’y a pas un seul arbre, et pas une fleur vu la saison. 

Tu résistes ? Tu veux aller jusqu’au bout de cette mise en scène idiote ? Mais je ne vais pas me faire avoir, je sais que tu es encore là. Tu n’aurais jamais osé partir sans moi. Jamais. Il faut grandir maintenant ! On a trente ans désormais, c’est finit les jeux idiots !  Ca ne me fait plus rire. La mort ça ne se prend pas à la légère. J’étais chez moi, quand ton complice m’a appelé. Tu as pris un inconnu pour être certain que je sombre dans ton arnaque. Il était odieux, il a très bien joué, tu pourras le féliciter. Il s’est d’abord assuré que j’étais bien celle que tu avais mis comme personne à contacter en cas d’urgence, puis il m’a annoncé froidement que tu n’étais plus, qu’il fallait que je vienne à l’hopital, identifier… T’identifier, je pourrais le faire les yeux fermés. Toutes les courbes de ton corps, tes cheveux, tes mains, tout. Tu étais très bien aussi à la Morgue, tu as un vrai talent de comédien, tu devrais y songer. J’ignore comment tu as fait pour être aussi glacé quand je t’ai touché, tu avais du aller dans un grand frigo juste avant. Le maquillage violet aussi parfait. Tu as masque ton odeur aussi. Cette odeur… Bref, un vrai metteur en scène n’aurait pas fait mieux. Tu as de l’avenir dans ce métier.

Quelle heure est-il ? Il est plus de huit heures. Les autres vont arriver. Ceux qui vont troubler notre complicité. Je m’en irais quand ils seront là. 

Il faisait jour à présent. Elle était là, figée face à cette tombe. Elle avait un sac posé à ses pieds, elle se pencha, pris son ipod, le metta sur ses oreilles… Edith Piaf. Naturellement, Edith Piaf. Ses yeux s’humectèrent enfin, une goutte, puis deux, puis trois… un torrent. Elle s’avança vers le trou béant, plongea la main dans sa poche, sortit un vieux petit carnet noir et le jeta dans le trou. Puis elle disparu comme un Songe.

Au fond du trou, il n’y avait rien. Aucun cercueil, mais le vide et - à présent - le petit carnet de moleskine noir où elle avait relaté tous ses rêves d’enfant….

13.12.2007

Et Paul chantait Yesterday…. - Michel Delpech & Barbara Carlotti


podcast



Le monde est bleu comme une orange…

Cette phrase dans ma tête, sur l’air de Paul chantait Yesterday….
Pourquoi ? Que sais-je ? Pour quoi ? On s’en fiche…
Et toi ? Et vous ? L’univers vous le voyez comment ?
Orange, rose, vert, arc-en-ciel, bleu, violet … Quelle couleur ?

“Là dans mon coeur, tous les signes avant-coureurs, les symptomes de l’amour et du bonheur….”

-    Scène de theatre - 

Scène 1 - 1 comédien et 1 comédienne, 1 projectionniste.

Un matelat double posé simplement sur un sommier au milieu de la scène, derrière le lit un grand tableau Le Baiser de Klimt. Au-dessus du tableau, une ouverture et un vieux projecteur de cinema, qui projete la scène sur un tissu blanc tendu dans la salle sour les régies. Les protagonistes sont dans la même ambiance qu'une salle de cinema.  Les deux comédiens sont allongés habillés en vêtements quotidiens sans chaussure sur le lit regardant vers le ciel, se tenant juste la main.

Lui – Crois-tu que le monde est bleu ?
Elle – Non
Lui – Crois-tu qu’un jour on volera au milieu des étoiles ?
Elle – Je ne pense pas…

Il se tourne vers elle, lui caresse les cheveux avec son autre main, la regarde…


Lui – Depuis quand ne rêves-tu plus ?
Elle – Depuis quand sommes-nous devenus des adultes ?
Lui – Un jour, tu t’es réveillée, tu m’as regardé fixement, un peu paniquée, un peu triste. Tu avais fait un cauchemard, je t’ai prise dans mes bras. Tu nous voyais devenir des étrangers, ne plus faire attention à la présence de l’autre, dormir côte à côte tous les soirs et ne plus se désirer aussi ardemment qu’aux premiers jours… Tu m’as fait promettre ce jour-là de toujours te faire rêver…  Je t’ai dit oui.
Puis un autre jour, tu m’as dit : “C’est fini, il faut grandir à present ! Nos jeux d’enfants ne doivent plus durer, soyons adultes !”. Quelques plumes plus tard, tu as joué le rôle de la “femme” selon ton idée… J’ai donc joué aussi le role de l’”homme”. Nous nous sommes installés, nous avons acheté notre petit appartement, nous nous sommes mariés, nous n’avons pas encore d’enfants, mais tu en parles…. J’imagine que nous sommes  “devenus” adultes le jour de cette grande declaration.

Elle – Pourquoi m’avoir écoutée ?
Lui – Parce que c’était ton rêve et je t’avais fait une promesse…
Elle – Je ne rêve plus ?
Lui – Tu rêves de ce qui est possible, concret, construit…. Tu ne rêves plus comme une enfant…
Elle – Je ne me souviens plus.
Lui – Ferme les yeux, viens avec moi !

Il l’enlace contre sa poitrine, et ferme les yeux aussi….

Scène 2 –  Un comédien, une comedienne, un projectionniste, Salvador Dali
Changement de décor pendant que parle le projectionniste.
Le tableau de Klimt se retourne et apparait une toile peinte à la manière d’un enfant  représentant une fenêtre ouverte avec un grand ciel bleu, des nuages blancs, un gros soleil…  Le Lit double est sorti de la scène avec les comédiens dessus. Ils sont ramenés sur un long fauteuil rouge qu’on place sous la fenêtre, toujours enlacés, allongés et endormis. Des tournesols géants beaucoup plus grands qu’eux sont places ci et là sur la scène. Bruit de fond : rivière, chants de rossignols, bise…

Le projectionniste, agacé – Où est la bobine ? Quelqu’un par ici pourrait me monter la nouvelle bobine ? Mes spectateurs s’endorment ! Allez vite ! Depêchez-vous !

Le projectionniste change la bande, se positionne. Noir sur sa fenêtre, et grand jour sur le plateau.

Elle, ouvrant les yeux – Mais où sommes-nous ?
Lui, de même – Dans nos Songes, me semble-t-il…
Elle – Dans les miens, ou dans les tiens ?
Lui – Je l'ignore...

Les deux comédiens se redressent et s’asseoient face aux spectateurs.
Entrée de Salvador Dali. Il se ballade entre les tournesols, doucement de long en large de la scène, sortant de temps à autre sa montre gousset de son gilet. Il s’avance sur le devant de la scène, au centre, dos aux comédiens, sort une pipe et tape 3 fois contre la tige d’un tournesol qui se trouve à sa droite. Une chaise transparente Louis Ghost de Starck apparait en montant derrière lui. Il s’installe.


Salvador Dali – Tout influe sur moi, rien ne me change.
Elle à lui, en chuchotant – Mais que dit-il ? Pourquoi nous tourne-t-il le dos ? Ils ne respectent plus rien ces mettteurs en scène contemporains. On ne tourne pas le dos au public. Jamais ! Non, mais sans blague !
Salvador Dali – Dormir est une façon de mourir ou tout au moins de mourir à la réalité, mieux encore, c’est la mort de la réalité.
Elle à lui, toujours en chuchotant -  C’est vraiment insupportable cette mise en scène, non seulement nous ne comprenons rien à ce qu’il dit, et en plus, le décor est minable. Juste une chaise transparente et un personnage fantasque.
Salvador Dali – Avez-vous vu Gala ?
Elle à lui, toujours en chuchotant – Si nous partions, ça devient absurde, je ne comprends rien. Ces prises de têtes intellectuelles ne sont pas pour moi. Je n’entends presque rien, et ne comprends rien à ce qu’il dit. Et ça fait déjà une demi heure que la pièce a commence.
Lui à elle, normalement  – Ma puce, pour partir, il faudrait se réveiller… pour se réveiller, il faudrait savoir qui de nous deux est en train de rêver…
Elle à lui, toujours en chuchotant-  Mais nous ne rêvons pas, nous sommes au theâtre !

Il se lève, se dirige vers Salvador Dali…


Elle, chuchotant fort – Mais enfin que fais-tu ? Tu ne vas pas aller sur scène !!!

Il arrive derrière Salvador Dali, prend le dossier de la chaise, la fait glisser pour la positionner de profil. Et il se met face à lui, debout.

Lui à Salvador Dali – Cher Monsieur, pouvez-vous dire à ma mie, que vous n’êtes qu’une construction de son imagination ?
Salvador Dali  - Savez-vous où est Gala ?
Lui – Non, j’ignore qui est et où est Gala, mais ce qui m’importe c’est que vous vous adressiez à mon amie pour lui dire de se réveiller.
Salvador Dali – Etes vous mon ami Bunuel ?
Lui – Non, non je ne suis pas Bunuel, allez ! Je suis elle, elle est moi, et nous ne sommes qu’un. Regardez mon amie est là bas sur le canapé…
Salvador Dali – C’est l’Âge d’or mon ami….
Lui – En coulisse peut être !
Salvador Dali – Je me retire, mais souvenez-vous que les sanglantes osmoses du rêves et de l'amour occupent entièrement la vie de l'homme...


La chaise redescend avec Salvador Dali toujours assis dessus et disparaît sous la scène.


Scène 3 - 1 comédien et 1 comédienne, 1 projectionniste.
La lumière est faite sur la fenêtre du projectionniste, pendant qu’on change le décor.
Retour au décor de la 1ere scène, pendant que le projectionniste parle à un ami qu’on ne voit pas mais qu’on imagine.


Le projectionniste : non mais tu as vu ce film ? C’était nul ! Tu as compris quelque chose toi ?
La voix : et bien il … il dit des belles phrases non ?
Le projectionniste : que du blabla…. Ce film ne vaut pas un clou… encore un film pour pseudos-intellectuels qui encenceront le sens profond du minimalisme et surréalisme de ce réalisateur ….
La voix : tu crois ?
Le projectionniste : c'est mon opinion, passe-moi l’autre bobine…

Même lumière que sur la 1ere scène à nouveau, on retrouve les amoureux sur le lit dans la meme position qu’à la fin de la scène 1.

Lui, ouvrant les yeux – mais tu dors ?

Elle dort visiblement. Il se degage un peu, la déshabille et la met sous la couverture…


Elle, moitié endormie – il faut partir…. C’est nul, partons….
Lui, doucement – pardon ?
Elle, toujours moitié endormie – oui, car je ne comprends rien, je ne connais pas Gala.
Lui, doucement – moi non plus ma puce, rendors toi…

Elle, toujours moitié endormie – je rêverai encore et à nouveau, je te le promets, mais partons de ce théâtre… Allons plutôt nous ballader comme nous le faisions quand nous étions plus jeunes. Ces longues ballades nocturnes que j’aimais tant où la ville devenait un univers qui pouvait se transformer… L’ère des grandes découvertes… Là un pont, et ici les bords de Seine… Et les arbres peuvent-ils parler ? Ici les bâtiments sont-ils en bonbons ? Y-a-t-il vraiment un fantôme à travers cette fenêtre coupée en deux devant laquelle nous sommes passés plusieurs fois ? A gauche, à droite, tout droit, ferme les yeux,  te souviens-tu ? Je te “huggais”, et je te tenais de peur que tu ne te perdes ou te fasses enlever par les extras-terriens… Sait-on jamais, c’est vrai…  Si un dinosaure passait par là et t’écrasait ? Prends-moi la main, regarde la tour Eiffel… N’est-elle pas belle, illuminée ? Je n’ai pas froid. Hop… Disparaissons sous les draps, c’est notre cabane où personne ne peut nous retrouver ! Il n’y a que nous, nos rêves, nos envies, nos chansons. Le temps n’aura pas raison de nous ! Jamais, partons de ce théâtre… Tu sens bon, j'aime ton odeur, approche-toi et partons...
Lui, doucement et tendrement, lui caressant les cheveux – Oui, nous partons, nous partons…

- Rideau -
 
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