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06/01/2008

Chapitre I. Noalis

DRINGGGG… DRINGGG…. DRINGGG…….

-    Allô ?
-    C’est vous Noalis ?
-    Ca dépend, c’est pour quoi ?
-    Je voulais vous proposer un contrat un peu spécial.
-    Pardon ?
-    Oui, j’ai entendu parler de vous par quelqu’un qui m’a dit que vous étiez talentueux, un artiste un peu à part.
-    Si c’est une plaisanterie, elle n’est vraiment pas de mon goût. Au revoir  Monsieur.
-    Ce n’est pas une plaisanterie.
-   Je n’ai AUCUN ami, vous comprenez, AUCUNE relation. C’est l’abîme profond depuis des siècles, et je  ne vois absolument PERSONNE qui pourrait me vouloir un gramme de bonheur. Donc vos histoires de « quelqu’un m’a parlé de vous » et « je suis un artiste un peu à part »... Vous devriez avoir honte de persécuter un homme comme moi. J'ai déjà suffisamment de peine à me supporter moi-même.
-   Je comprends votre doute, pourtant, croyez-bien que ce n’est pas une plaisanterie. J’ai vraiment besoin de vos services.
-   Mais puisque je vous dis que vous vous trompez certainement de personne ! Je ne suis pas artiste pour un sou, sinon je pense que je le saurais !
-   Non non, je sais que je ne me suis pas trompé. Je sais que c’est vous. Pour vous convaincre, je vous donne rendez vous à Public,  vous connaissez ?
-    Non absolument pas.
-    C’est à Nolita, vous avez de quoi noter ?
-    Attendez… voilà.
-    210, Elizabeth Street. Soyez-y à 1 pm.
-    Mais qui êtes-vous ?
-    Vous n’aurez qu’à demander : Mr. Redola.
-    Attendez !
 
Tuuut… tuuut… tuuut…

Noalis garda quelques instants encore le combiné à la main, ne sachant pas très bien comment réagir. Qui était Mr. Redola ? Pourquoi diable croyait-il qu’il était un artiste ?

Il reposa le combiné de son téléphone bordeaux rétro, situé sur son bar américain en bois laqué, se servit un Bourbon. Depuis combien de temps n’avait-il pas eu un coup de téléphone autre que celui de son gérant ou de Nelly ? Depuis combien de temps n’avait-il pas vu quelqu’un, autre que son gérant et Nelly d’ailleurs ? Il s’était terré dans son 255 m2 depuis le décès d'Eurydice, situation dont il riait parfois se comparant à ces pauvres héros de films à la dérive après la mort de leur femme. Il était devenu sauvage et ne savait plus depuis combien de temps il n’était pas allé se balader à Central Park où pourtant il avait ses habitudes de jogging à une époque. Nelly lui montait régulièrement les courses, en lui ronchonnant qu’il devrait sortir de temps en temps. Son gérant l’appelait régulièrement pour le tenir informé de ses actions et de sa fortune. La vie moderne était fabuleuse. Avec un peu d'argent, on pouvait passer des années sans sortir. C'était sa vie depuis presque 7 ans. Il n’avait plus d’amis suite à ses non réponses, ses non rappels, ses non nouvelles et surtout, cette esclandre qu’il avait fait au club à cette époque, saoul, désespéré, dénonçant tous ces hypocrites...
 
Le verre à la main il s'affala sur son canapé chesterfield en cuir bordeaux, face à sa cheminée où se consumait doucement un feu. En temps normal, il aurait été devant sa télévision dans la pièce d’à côté, avachi dans son canapé noir, zappant sans conviction entre les reportages, les shows à mettre à la poubelle, les films qui parlaient toujours de la même chose et le sport… et ce jusqu’à ce qu’il s’endorme avant de se faire réveiller le matin de bonne heure par Nelly, seul contact humain de sa journée, pour immédiatement aller se recoucher dans son grand lit king size jusqu’au déjeuner. Il ne regardait jamais les informations. Il s'était coupé du monde et attendait que le temps passe.
 
Mais ce coup de téléphone avait bouleversé son rituel, le plongeait dans une réelle perplexité. Allait-il aller à ce RDV ? Si c’était une mauvaise blague et que l’interlocuteur n’avait fixé ce RDV que pour le convaincre que ce n’était PAS une plaisanterie. Pourquoi cette obsession de l’artiste ? Pourquoi avoir employé le terme « un peu spécial » ? Comment avait-il eu son numéro ? Pourquoi l’avoir appelé par son prénom. Familier avec pourtant un ton qui révélait une très bonne éducation, ce qui, en y repensant, lui faisait un peu honte pour le ton avec lequel il avait répondu. Il n’avait plus l’habitude, et à force d’être seul, il était devenu bourru.
 
Il sirotait, hypnotisé par les danses du feu, perdu dans ses pensées. Demain il irait. Pour satisfaire sa curiosité uniquement. Après il tenterait d’expliquer à son interlocuteur qu’il n’était pas un artiste, mais un ex-golden boy, qui avait fait fortune de manières plus ou moins légale, ce qui lui assurait des rentes comfortables confiées en partie par son gérant, et qu’il ne sortait plus de son appartement depuis près de 7 ans. S’il avait été bon avec le maniement des chiffres, il était réellement incapable de citer un nom de peintre connu à part peut-être Andy Wharol, parce qu’il en avait un sous son nez dans son salon juste au-dessus de la télévision - cadeau d'anniversaire de sa femme. Il n’avait jamais rien compris aux discussions artistiques qu’elles soient littéraires, picturales, sculpturales et le reste, ce, même si sa femme l’emmenait dans les cocktails mondains de tous les vernissages de New York et que le fameux musée Guggenheim se situait à deux pas de chez lui.

Pourquoi avoir appelé aussi tardivement ? Il était environ 11pm, ce qui situait l’appel aux alentours de 10.30 pm.

Noalis se leva et pour la première fois depuis 7 ans, alla directement dans sa chambre, au bout du long couloir aux murs blanc cassés, enfila son pyjama en soie bordeaux, brodé à ses initiales, et se glissa sous ses couvertures après avoir réglé le réveil sur 9 am.