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31/01/2008

Le petit carnet de moleskine noir....

Un enterrement. Elle était là, plantée dans la brume. Il faisait encore nuit. C'était l'automne ou l'hiver elle ne savait plus. Une journée de novembre, glacée. Elle était frigorifiée. Elle était seule face à cette tombe. Personne autour. Personne n'était venu à part elle. C'était une messe nocturne, une volonté originale du défunt qui avait finalement été respectée, car elle s'était battue pour que ça se déroule de la sorte. L'aube arrivait...  Elle voyait le soleil se lever péniblement derrière l’épais brouillard. Une tombe  ouverte dans un cimetierre de campagne, un bled perdu au milieu de nulle part. Elle avait son manteau noir zara, un gros pull col roulé noir, sous ce pull le t-shirt rose qu'il lui avait offert, un collant en laine gris, un pantalon gris, des bottes noires et une étole rouge qu’un autre ami lui avait ramené d’Inde. Et seule. Seule face au silence. Seule face à la mort, seule face au froid. Les larmes ne venaient pas, elle le ressentait pourtant ce vide, ce manque, ce sentiment d’horreur. On lui transperçait le coeur avec des centaine de couteaux chaque seconde qui s’écoulaient. Au moins, l’environnement fantasmagorique s’accordait à son âme.

Pourquoi es-tu mort, abruti ? Je t’avais pourtant dit qu’on devait mourir ensemble… Quand on était gamin, je t’avais supplié de ne pas disparaitre avant moi, tu n’avais pas le droit ! On devait être ensemble jusqu’à la fin de nos jours. Encore ton caractère contrariant, tu fais exprès pour que je sente combien je t’aime, j’en suis certaine. Je ne te ferai pas ce plaisir. Tu crois que tu vas me manquer ? Non, mais sans blague, pourquoi tu me manquerais ? Parce que depuis qu’on est môme, on joue ensemble ? Parce qu’on s’est dispute autant de fois qu’on s’est étreint et que je n’imaginais pas ma vie sans toi ? Je ne suis pas faible, moi. Souviens-toi quand je tombais et que je me blessais, petite, lors de nos conquêtes des Mondes Inconnus, je ne pleurais pas. J’étais forte. J’avais mal pourtant, et le sang coulait sur mes genoux. Mais je continuais à travers les bois pour te suivre. Les explorateurs  ne pleurent pas, même quand on a sept ans.

Et voilà tu es là, maintenant, au fond de ce trou. Comment as-tu osé me faire ça ? Partir… Et tu ne m’as même pas prévenu, non t’as préféré t’en aller brusquement, sans crier gare. Et les autres, où sont-ils les autres ? Ah c’est vrai, ils arriveront plus tard. Moi je voulais t’avoir pour moi toute seule encore quelques heures, en silence. Juste toi et moi. J’aurais aimé regardé des levers de soleil avec toi encore des années, surveiller les nuits de Pleine Lune et chercher la Grande Ourse. Je t’aime. C’était interdit par la Convention de Genève de partir comme ça. Tu ne respectes rien. Allez, réveille-toi. Allez, debout !!! C’est finit la blague, tu peux arrêter maintenant. T’as voulu me faire peur, mais ça suffit. Je sais que tu fais semblant. En réalité, le jeune homme que j’ai vu dans le cerceuil, c’était une copie, un faux, un mannequin que tu as fait mettre pour me faire croire que tu étais mort. Ca suffit maintenant, ce n’est plus drôle. Viens allons prendre un p’tit déj’, allons rêver encore à tout ce qu’on fera un jour qui n’arrivera peut-être jamais, notre bulle. S’il te plait, je ne rigole plus. ALLEZ !

Dans ce cimetierre il n’y a que quatre tombes. Il n’y a qu’une barrière en bois qui le cloture. On l’avait découvert au cours d’une de nos grandes conquêtes, et nous nous étions dit que nous pourrions se faire enterrer ici tous les deux, à moins de décider d’éparpiller nos cendres. Je voulais que mes poussières s’évanouissent dans l’Espace, tu te souviens ? Autour de nous, il n’y a rien. La campagne à perte de vue. A l’époque, cette étendue nous ennivrait, on imaginait que c’était les nouveaux territoires conquis. Aujourd’hui, cet espace m’isole, je suis perdue dans le Néant. Il n’y a pas un seul arbre, et pas une fleur vu la saison. 

Tu résistes ? Tu veux aller jusqu’au bout de cette mise en scène idiote ? Mais je ne vais pas me faire avoir, je sais que tu es encore là. Tu n’aurais jamais osé partir sans moi. Jamais. Il faut grandir maintenant ! On a trente ans désormais, c’est finit les jeux idiots !  Ca ne me fait plus rire. La mort ça ne se prend pas à la légère. J’étais chez moi, quand ton complice m’a appelé. Tu as pris un inconnu pour être certain que je sombre dans ton arnaque. Il était odieux, il a très bien joué, tu pourras le féliciter. Il s’est d’abord assuré que j’étais bien celle que tu avais mis comme personne à contacter en cas d’urgence, puis il m’a annoncé froidement que tu n’étais plus, qu’il fallait que je vienne à l’hopital, identifier… T’identifier, je pourrais le faire les yeux fermés. Toutes les courbes de ton corps, tes cheveux, tes mains, tout. Tu étais très bien aussi à la Morgue, tu as un vrai talent de comédien, tu devrais y songer. J’ignore comment tu as fait pour être aussi glacé quand je t’ai touché, tu avais du aller dans un grand frigo juste avant. Le maquillage violet aussi parfait. Tu as masque ton odeur aussi. Cette odeur… Bref, un vrai metteur en scène n’aurait pas fait mieux. Tu as de l’avenir dans ce métier.

Quelle heure est-il ? Il est plus de huit heures. Les autres vont arriver. Ceux qui vont troubler notre complicité. Je m’en irais quand ils seront là. 

Il faisait jour à présent. Elle était là, figée face à cette tombe. Elle avait un sac posé à ses pieds, elle se pencha, pris son ipod, le metta sur ses oreilles… Edith Piaf. Naturellement, Edith Piaf. Ses yeux s’humectèrent enfin, une goutte, puis deux, puis trois… un torrent. Elle s’avança vers le trou béant, plongea la main dans sa poche, sortit un vieux petit carnet noir et le jeta dans le trou. Puis elle disparu comme un Songe.

Au fond du trou, il n’y avait rien. Aucun cercueil, mais le vide et - à présent - le petit carnet de moleskine noir où elle avait relaté tous ses rêves d’enfant….