Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

18/04/2008

Les rencontres de Neirie n°1 - Julien Bayou - Génération Précaire, Jeudi Noir, RAIDH, Cellule France Afrique & Coordination Sud

1209707140.jpg
(Photo de gauche, prise par Oneiri) 
 
Pour cette première interview, j’ai donc rencontré Julien Bayou. L’entrevue s’est déroulée dans un petit restau Chilien, près des locaux de Coordination Sud, lors d’un rapide déjeuner. Pour la petite histoire, j’ai connu Julien via un ami Patrice Dos Santos. Nous avons tous les trois fait la même école,  il y a quelques années déjà. Julien est un garçon franc, naturel, conforme à l’image qu’il renvoie à travers ses actions.

Je dois avouer que c’est un réel plaisir que j’ai de vous présenter Julien,  qui est encore un témoignage que la “jeunesse” se bouge encore pour des causes et que ça marche. Voilà une des raisons pour lesquelles, il a tout à fait sa place dans les “Rencontres de Neirie”.  J’espère que ça vous permettra de découvrir l’homme derrière ses actions et que peut-être qui sait, que vous aurez vous aussi envie de vous engager à ses côtés ensuite.

Note : j’ai délibérément retranscrit le langage “parlé”, car je trouve ça plus convivial.


Aide rapide à la compréhension :

Génération Précaire est un collectif qui veut défendre les "droits" des stagiaires.

Jeudi Noir est un collectif qui pointe les abus des loyers et problèmes de logements à Paris principalement. 

RAIH, est un  Réseau d’alerte et d’intervention pour les Droits de l’Homme.

 
 
 
Julien Bayou, présente-toi ….
Moi je suis Julien Bayou j’ai 27 ans, et donc professionellement je travaille à Coordination Sud, qui est la fédération des ONG. Je travaille sur les relations avec l’Afrique et donc les autres fédérations des ONGs en Afrique de l’Ouest et Centrale et par ailleurs je suis assez investi, engagé dans différentes causes collectives etc, Génération précaire sur les stages, Jeudi Noir sur le logement, ça c’est deux trucs que j’ai co-fondés. RAIDH qui est une petite asso des droits de l’homme… Et plein d’autres trucs, Cellule France Afrique qui travaille sur les relations pourries entre la France et l’Afrique, et quelques coups de mains de temps en temps à d’autres causes que je soutiens mais sur lesquelles je ne suis pas animateur.

Quelle est la grosse actu du jour ?
La grosse actu du jour c’est la réquisition qu’on vient de faire d’un bâtiment de 5000 m2  pour loger 40 personnes, donc des sympathisants et militants de Jeudi Noir, et en plus offrir de l’espace à des artistes et proposer des activités de jeunes créateurs. C’est 5 000m2  que a priori on pourrait tenir,  et là on vient d’avoir un voeu de la mairie du 3ème disant qu’ils veulent racheter… Donc là c’est la reconnaissance de notre boulot, c’est-à-dire faire sortir les bâtiments vides de l’abandon et travailler pour en faire des logements sociaux. Et un peu donner l’exemple de politiques publiques alternatives, de politiques de logements qui soient en direction des jeunes, actifs, étudiants etc… Donc là on est assez fier de ça, oui.

Comment tout ça a commencé ?
Génération Précaire a démarré sur un mail internet. On a envoyé un mail à quelques uns, on l’a créé de toutes pièces. Il s’agissait de parler aussi d’emplois des jeunes. Très vite, on s’est dit que la formule à succès finalement qu’on avait inventée de toutes pièces pour Génération Précaire, il fallait la mettre un peu au service du logement, si tu veux qui  s’était embourbé dans des querelles internes, car pleins d’assos se disputent un peu. Et puis c’est le vrai nœud pour la jeunesse aujourd’hui,  il y a l’emploi et le logement. Tu peux pas faire l’un sans l’autre. Donc voilà, très très vite, on a voulu faire un truc sur le logement, on a voulu avoir un autre discours sur le logement. 
1760808520.JPG
(photo de droite fournie par Julien Bayou)  
 
C’est la même équipe ?
C’est le même noyau. Mais après se greffent des équipes différentes dessus. Aujourd’hui il y a 50 personnes à Jeudi Noir mettons, y’en a 10 de Génération Précaire. Et réciproquement…

Ce qui m’intrigue, c’est comment de Sciences-po t’es arrivé à toutes tes actions aujourd’hui… Est-ce qu’à un seul instant, tu t’étais dit à l’époque que tu allais être engagé dans de telles actions ?
Non, absolument pas. D’ailleurs à Sciences-po j’étais assez anti-associations, les associations d’école, là, me faisaient plutôt braire.  Ce qui m’a conduit à cet engagement, c’est un mélange de vocation et d’opportunités, en fait. Quand j’étais parti à l’étranger, j’étais à Londres, j’voyais tous mes potes qui étaient  en éco fi, qui voulaient faire banque, assurance, tu sais les trucs où tu bosses à mort… pour gagner beaucoup.

Idéalement, tu voulais faire quoi en sortant de l’école ?
Je fais pas un boulot où je dois prendre une ligne de coke pour tenir et gagner plein d’argent. Donc je me suis dit,  je vais faire un truc dans le service public, para-public, journalisme, associatif, etc…  J’ai finalement trouvé ma voie avec les ONG, commerce équitable, etc. Je me suis ennuyé ferme au ministère de l’éducation pendant un moment, et après, j’ai trouvé le boulot à Coordination Sud y’a 3 ans et pendant ce temps là j’étais déjà pas mal actif en  bénévole, en petite main quoi. Et c’est là qu’il y a eu cette opportunité d’embrayer sur Génération Précaire où là on a tout monté de toutes pièces, et le discours, le positionnement, les tactiques, les supports de communication, le fond, les revendications, tout.

Et d’ailleurs, pourquoi tu as choisi de faire Sciences-po à l’époque, t’avais déjà une fibre politique ?

Par sécurité.

Par sécurité ?
J’avais fait Terminale éco, et là je ne savais absolument pas savoir quoi faire de moi. J’ai suivi une copine faire une prépa Cachan et là y’avait quelques cours de préparation à sciences-po, donc j’ai pris ça. L’IEP Strasbourg, c’était vachement bien parce que ça retardait le choix finalement, de quoi faire plus tard. Choix que j’ai fait en fait une fois que j’étais en DEA, tu vois. C’est fou. Ça dépend des gens, mais moi à 17/18 ans j’étais infoutu de savoir ce que je voulais faire, je savais que je voulais pas faire pompier… mais à part ça.. pas grand chose… Et Sciences-Po, c’était pas une vocation ENA, mais le rapport quand même à la chose un peu public m’intéressait, via la branche économique, plutôt que le droit administratif… Et puis, je ne savais vraiment pas grand chose.

Une semaine ”à la Julien Bayou”, ça ressemble à quoi ?
C’est des apéros tous les soirs, des réunions, mais des apéros on discute de stages, de réformes, de logement, de nouvelles cibles de réquisitions….

Concrètement entre ton boulot, tes associations, ça se passe comment ? Par exemple, la semaine dernière ?

La semaine dernière c’était un peu caricatural.

Lundi, j’avais pris ma demi-journée pour pouvoir suivre le parcours de la flamme.  A 11h…  je coordonnais. Enfin y’avait une action… Mais c’était n’importe quoi le parcours de la flamme de ce 7 avril… Donc avec RAIDH, on organisait une action sur le droit du travail en Chine, donc l’objet d’une petite présentation. Donc lundi à 11h on faisait une petite action sur les droits de l’homme, notamment sur le droit du travail. Là je pouvais pas y aller mais je l’avais préparée la veille. A 14h00 c’était  une nouvelle action pour Ensemble Contre la Peine de Mort sur la peine de mort en Chine qui est un gros problème. Ensuite, on s’amusait à essayer d’attraper la flamme, mais le temps qu’elle arrive à l’Hotel de ville, elle était déjà dans le bus.  Et lundi, après on avait un autre truc, une autre réunion le soir.

Mardi, boulot, j’essaie d’arriver avant 10h, mais c’est pas facile. 

Je sais que bon, mercredi on a eu une réunion Génération Précaire qui a viré en apéro toute la nuit, et puis après tout ce temps là, le temps libre, je l’ai consacré à l’impasse, qui est le nouveau bâtiment qu’on a réquisitionné.  Là je travaillais sur l’attribution des logements. On avait une conférence de presse le mardi matin où on annonçait devant tout le monde, le maire, la député, la presse, etc. Et pendant ce temps là, on était en train de se caler entre nous, parce que donc il y avait 26 chambres et beaucoup de monde à loger. Et voilà, il fallait gérer toutes les animosités que ça peut susciter d’avoir des espaces comme ça et des “candidats” au logement.  Donc ça s’est terminé dimanche.

Samedi y’avait une expo des artistes qu’on héberge et qu’on accueille aussi. C’est aussi un moment de travail à l’impasse.

Et dimanche, c’était n’importe quoi, parce que dimanche, on faisait un bout de tournage pour Génération Précaire. Y’a Pékin express, où la prod te file 1 euro pour faire Paris-Pékin.  Nous on voulait faire le stage gratuit, et donc la prod te file 1 euro pour faire Paris/La Défense. C’est Stagiaire Express. C’est Michel Machin qui fait le parcours. On l’a fait négocier des fringues dans une friperie : “- c’est 2 euros. -  Ah merde j’ai qu’1 euro, comment on fait ?”  Il joue au baby avec son boss…  Et puis le boss dit : “- Ah tiens, Michel, celui qui perd il paie la tournée !” Et hop, on lui met des gouttes de sueurs, parce que le demi est à 2,50 euros et lui il a qu’un euro. Voilà, des p’tits trucs sympas, dimanche après midi. Dimanche soir, LA grosse réunion du logement 19h/0h00. BOUM.

Et pour l’attribution des logements, c’est un peu difficile donc ?

Ouai ben déjà je me loge pas, et j’ai pas de familles là-bas, donc ça ça aide. On avait des priorités. C’est à dire que les grandes pièces, enfin les 2 pièces plutôt, allait aux couples avec enfant ou familles mono-parentales. On a 3 couples avec enfants, et 3 familles mono-parentales. Donc évidemment la priorité allait pour eux/elles. Après c’est en fonction de l’investissement dans le lieu. Ceux qui ont bcp bossé. Ca c’était une règle qui avait été acceptée par tout le monde. Donc après, moi j’appliquais un peu…  (rire). C’était chaud, joli travail de modération. C’etait pas mal.

Oui donc bien chargé l’emploi du temps ….
Il y a le boulot, y’a l’impasse, c’est vrai que ça nous prend beaucoup de temps, et puis là, y’a la loi sur la modernisation du travail, qui passe à l’Assemblée et là-dessus on repasse sur Génération Précaire…  où Génération Précaire va proposer des amendements pour pas que ça soit une loi pour rien.. en matière du droit du travail. Là c’est plutôt une loi pour rogner dessus. Mails aux députés etc.

Et cette histoire de France-Afrique ?
Oui j’avais oublié parce qu’en fait on a aussi une action Cellule France-Afrique.  Donc il s’agissait de poser des scellés sur un bâtiment qui appartient à Omar Gombo du Gabon.  On a beaucoup entendu parler de rupture sur les relations France-Afrique et toutes ces histoires de corruption qu’il y a eues. Et en fait, bon ben, Omar Gombo c’est le président préféré de Nicolas Sarkozy. Donc la France/Afrique continue dessus, y’a pas de ruptures. Donc on voulait faire une petite mise en scène de scellés. Ca a bien marché.

Comment ça s’est passé ?
A chaque fois ce sont des collectifs informels. Cellule France-Afrique, c’est en gros des jeunes actifs qui s’intéressent à une autre politique, plus transparente… En bref moins de corruption entre la France et l’Afrique.

Et avec le taff, comment ça se passe ? Ils te laissent tout faire ?
Ah pas du tout … Je prends des congés quand c’est important, mais des fois j’y vais pas, de fois j’organise ça de loin.

Ils sont au courant ?
Par voie de presse … (rire). Non, je les tiens pas au courant de tout ce que je fais, y’a des trucs qui s’organisent pendant le boulot où j’envoie des mails etc. Mais bon je bosse quand même !

Et ta vie privée ?
Ben ça va (sourire). Je me remets d’une grosse soirée samedi-dimanche, jusqu’à 4h du matin c’était un peu dur. On est mardi mais…. Qu’est ce que tu veux savoir ?

Est ce que tu arrives malgré tout à avoir une vie privée, avec tout ça ?
Ca a l’air peut-être extra-terrestre etc, mais bon moi c’est ce qui me plait. Là, j’habite dans un bâtiment que on avait réquisitionné en 2006, qui a été racheté par la Mairie de Paris, on attend les premiers coups de pioche. J’habite en collocation avec 5-6 personnes. Donc hier y’avait un apéro, on n’a pas parlé de Jeudi Noir. On était 8, encore un gros apéro…. C’est cool, quoi…

Aparté – S’est ensuivie une discussion en off, sur l’organisation de sa vie privée… Et même si du coup ça reste en off, sachez que Julien a une vie privée très épanouie  ! -


Moi ce que j’aime bien dans vos actions c’est que ça fonctionne par happenings/mises en scène….

En fait c’est une notion… Un vieux mélange entre efficacité/coût. On a zéro tune et on n’en veut pas par contre on veut une efficacité maximale et engagement, effort minimal… Ce sont les différentes composantes. Et donc en gros, on peut avoir un maximum d’impact avec un  minimum d’efforts, prendre notre pied au passage,  et qu’en plus que ça soit  visuel, car on veut aussi intéresser les médias, vu qu’on est sans argent et pas sur des logiques de masses. Donc au final, ça dit si tu veux t’amuser un week-end et dénoncer la crise de logement, on en vient à – on sait pas comment - faire des grosses grosses fêtes dans des apparts tout pourris où on débarque à 50 avec du mousseux. Et je peux te dire que quand on te dit : “qu’est-ce que t’as fait ce we ?” et toi tu dis “j’ai fait la grosse grosse fête dans un appart’ de 15h à 18h, on s’est fait 3 apparts…” Moi je sais que j’ai passé un super we, et y’en a qui se sont emmerdés à faire des collections de timbres. Moi voila…

Evidemment faut être visuels, évidemment faut être efficaces,  évidemment faut porter le message, mais ça sera jamais au détriment de l’envie, on est là aussi pour s’amuser.

C’est s’engager en s’amusant…
Oui c’est clair ! Là, la réquisition, c’est un trip fou. C’est de l’adrénaline, tu rentres. Tu te caches, tu bricoles. Tu discutes avec le propriétaire, le maire, t’as beaucoup de travail de réhabilitation à faire, c’est un bâtiment vide,  après tu peux en profiter, inviter tes amis… être bien dedans, quoi ! C’est aussi sur-kiffant.

Et sur la notion de spectacle…  Ca a démarré avec Génération Précaire. “Oui les masques, vous les mettez comme un outil marketing.” Mais au départ c’était pour faire des actions sans être repérables. Donc le masque s’est imposé. C’est seulement derrière  qu’on s’est aperçu que ça faisait aussi un très bon branding. L’autre intérêt, c’est que des gens différents peuvent s’exprimer, y’a pas de leaders qui émergent. La parole circule, c’est beaucoup plus sain. Comme y’a pas de rapport de relations de force, machins etc.. tu prends ton pied… tu t’engages, et … voilà, c’est pas difficile.
 
265204750.jpg
(photo fournie par Julien Bayou) 
 
 
 Oui, c’est pas genre contraignant, obligations etc…
L’essentiel des décisions se font par mail. Quand on se voit c’est qu’on a envie de se voir, et voilà ! J’ai des réunions tous les soirs, mais en fait ce sont des apéros, on voit des potes voilà… Parce que souvent les potes sont dans les collectifs et en dehors évidemment aussi…

Des expériences négatives, des moments difficiles, des portes à enfoncer.. ?

Des expériences difficiles, oui y’en a. Sur les gens, non pas tellement, comme l’entrée et la sortie sont libres, mais comme le fond du truc, c’est maximum d’impact pour un minimum d’efforts et prendre son pied au passage, résultat viennent que les gens que ça intéresse. Les relous militants moustachus de je sais pas quelle orga, ils s’en vont très très vite. Par contre le p’tit gars qui est à fond motivé,  ou la nana qui connaît à fond le dossier qui veut en faire quelque chose ou le Disco King là…

Ah oui, c’était énorme.
Lui c’est un ingénieur vidéo, lambda, mais il a adoré ce qu’on faisait et nous a proposé de booster encore le concept. Donc avec les gens ça va, car vient qui veut, part qui veut. La vraie difficutlté c’est le rapport aux responsables politiques, aux syndicats, aux entreprises, qui n’en ont rien à carrer de la réalité de la jeunesse actuelle, d’avoir un salaire au SMIC et galérer pour se loger, de faire 6 mois de stages et pas être payés… Quand tu parles avec eux, il sont à 2000 lieues de comprendre.

Ils sont bornés, quoi ?
Oui, peut être il sont bornés derrière, mais en plus ils comprennent pas. Comment veux-tu discuter avec quelqu’un qui ne te comprend pas ? C’est une autre langue. La galère de logement, les chambres de bonne, machin… Le jeune qui monte à Paris et a ses parens en province, il est obligé de cumuler des boulots etc.. Ils ne comprennent pas !

Il faudrait peut être inverser un jour, un “vis ma vie de …” Tu mets un patron dans une chambre de bonne pendant une semaine et.. 
Oui voilà, ça serait pas mal, encore faut-il qu’ils acceptent. On l’a proposé ça. On a eu des discussions un peu tendues avec les PME. “Vous n’avez aucune notion de l’entreprise mon p’tit bonhomme !”… “Si, pour le coup j’ai bien pratiqué, ça me plait pas, mais j’ai bien pratiqué, vous en revanche vous n’avez aucune notion du stage, ou on va vous prendre votre fils, et lui faire faire trois mois de stage gratuit, et vous allez voir un peu comment ça marche..” . 1408604914.jpgDonc relations difficiles, c’est sur le fait d’être un peu dans le bon droit, d’avoir des positions pas révolutionnaires, mais efficaces, concrètes et simples, et c’est attendu par la population. Un minimum de régulation des loyers, par exemple. Mais s’apercevoir que soit ils comprennent pas, soit… c’est assez frustrant, parce que quand tu crois un peu à l’action politique, à l’action publique, l’action citoyenne quoi. Tu dis que voter ça suffit pas, normal.  Mais si en face les types cumulent des mandats et ne comprennent pas un peu ce qu’est la vraie vie des vraies gens, pour le dire clairement, ça c’est à désespérer.

Pour toi, les élus seraient plus intéressés par leurs intérêts personnels que leurs devoirs ?
Je me garderais bien de tout généraliser. Simplement y’a un problème de redevabilité, quand t’es élu, tu dois mener à bien les politiques qu’on attend de toi. Y’en a clairement c’est pour se gaver, et ça c’est… On n’a pas prise nous, les collectifs. On n’est pas politique, on n’a pas de prise dessus, on peut juster jouer avec l’effet de levier grossissant des médias et l’opininon publique.
(photo de droite fournie par Julien Bayou)

Les médias vous soutiennent quand même…
On n’est pas soutenu par les médias, on est couvert (rire)…. Mais effectivement beaucoup couvert. C’est le but.  Encore une fois, on est sur des petits nombres. Cellule France-Afrique, 20 personnes, Jeudi Noir, 50 ou 100, Génération précaire, 25 ou 50 je sais pas. Avec ça pour obtenir des propositions de lois, discuter avec des ministres, il y a l’opinion publique et donc les médias.

Et ta famille, elle te voit comment ?
Ma famille me voit un peu comme un extra-terresttre aussi, mais ça a un peu changé, depuis qu’ils ont vu le documentaire  sur les nouveaux contestataires, parce que du coup, ils voient ça un peu de l’intérieur. Bon voilà, après y’a quand même un passif, soixante-huitard, hippie... Donc en fait, ils comprennent tout à fait… Ils comprennent aussi ce rapport au fun, avec cette histoire de s’engager mais de s’amuser.  Et tout récemment y’a ma soeur qui est rentrée de Londres et qui en fait a pris le pli de Jeudi Noir, alors elle son truc c’est Jeudi Noir. Les perruques roses, boire des coups dans des apparts elle adore. Donc elle est à bloc. Voilà c’était vraiment pas dans l’optique de recrutement,  j’ai fait suivre l’invit’, parce que je sais que c’est sympa. Et puis de l’autre côté,  parce que j’ai une belle-famille depuis pas longtemps, il trouve ça sympa, très drole, c’est rigolo quoi là.

Ta phrase de fin, quelque chose que tu aurais envie de dire aux gens ?
Il sert à rien d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. Va comprendre ! (rire)
Non, ma phrase de fin, c’est : on n’est pas à l’abri d’un coup de bol. Faut y aller. Si t’as envie d’un truc, t’y vas, tu montes, tu mets des potes dans la boucle, faut y aller. T’y vas au feeling. C’est : qui ne tente rien n’a rien. C’est : 100% des gagnants ont tenté leurs chances, mais pas dans une optique média, dans une optique  de se réaliser aussi. Sortir un petit peu du cadre classique. Après tu peux le faire de mille manières… Moi ça sera l’emploi, le logement, pour eux ça peut être la danse etc… Mais, on fait partie d’une génération qui en a plein sur les épaules et ça va pas s’arranger a priori, logement, emploi, dettes, environnement tout ce que tu veux. C’est pas vivable. Alors faut faire exploser les cadres, sinon t’as pas de… sinon c’est pas vivable…..
 
192859670.jpg
 (photo prise par Oneiri) 


“Robin des bois des temps modernes”, Julien Bayou ?
Ah non non, moi je suis très très égoiste, je prends mon pied. Si en plus ça sert aux autres, c’est génial !
 Merci Julien  !
 
 
Pour en savoir plus :
Génération Précaire : cliquez ICI.
Jeudi-Noir : cliquez LA.
Raidh : c'est par ICI.
Cellule France-Afrique : c'est par LA. 
 
Pour le documentaire sur les "nouveaux contestataires" : vous pouvez le visionner .
 
Pour avoir l'intégralité de l'interview en format pdf : envoyez-moi un mail à bouh_chou@yahoo.fr, le doc fait 8,5 mo.

11/04/2008

Les rencontres de Neirie - Introduction

Les rencontres de Neirie, c'est parti !

Connues ou pas connues, Neirie va à la rencontre des personnes qui ont au moins une des qualités suivantes : ce sont des passionné(e)s, des engagé(e)s, des personnes qui ont su à un moment donné transformer leurs rêves en réalité, ou qui mettent tous les moyens en oeuvre pour que ça puisse devenir une réalité, des volontaires, des marginaux... Bref des gens qui croient, qui ont cru, et qui ont réussi en restant fidèles à ce qu'ils sont, à ce en quoi ils croient, qui globalement prouvent que "quand on veut, on peut". 

Ecrivains, journalistes, artistes, chefs d'entreprise, médecins, politiques, personnes lambdas (mais qui pour moi donne du sens à leur existence), Neirie ne fait aucune discrimination "people'ing" car ce qui compte c'est ce qu'on est, ce qu'on fait, et non uniquement ce qu'on représente.

Neirie déshabille ces autres sphères car ce qui l'intéresse c'est : "Bas les masques, vous êtes un homme, une femme.... qui êtes-vous derrière vos actions ? "

 

Le premier "invité" de Neirie est JULIEN BAYOU  (à droite des 3 personnes sur la photo ci-dessous).

1354946947.jpg
 
Julien Bayou, 27 ans, co-fondateur du mouvement Génération Précaire, puis de l'association Jeudi Noir pour les "galériens du logement", trésorier de l'association RAIDH (Réseau d'Alerte et d'intervention pour les droits de l'Homme), et qui travaillle en tant que chargé de mission Afrique pour Coordination Sud.
 

(Note modifiée le vendredi 11 Avril 2008)

Julien ne pouvant pas déj ce midi, l'interview sera donc peut être demain ou mardi au plus tard :) (enfin donc du coup en ligne le vendredi). 

Dans les rencontres à venir.... : l'équipe de Café Babel, le directeur de la communication de Solidarité Sida,  une journaliste Elé Asu, l'écrivain Minh Tran Hui, l'écrivain Antoine Buéno.... (oui ça s'appelle un teaser pour faire patienter ;)).